Vote d'un citoyen

Les élections du 28 avril prochain se tiendront sans les acteurs politiques de l’opposition. Recalés pour défauts de certificats de conformité et quitus fiscaux pour certains, et irrégularités pour d’autres, les responsables de ces partis politiques plaident pour une organisation inclusive sur la base d’un consensus comme le stipulent les règlementations des institutions sous régionales.

 

Par Josaphat Finogbé

Les élections législatives se tiendront-elles ou non le 28 avril prochain au Bénin ? C’est la grande question que se pose tout citoyen épris de paix et attaché aux valeurs issues de la conférence nationale des forces vives de la nation de février 1990. Si les choses restaient en l’état, seuls les partis Union progressiste (UP) et Bloc républicain (BR), deux formations politiques qui soutiennent les actions du régime en place, seront les deux listes en lice pour cette compétition électorale. Même si les autres acteurs politiques nourrissent bien l’envie d’y participer, ils ne pourront pas compte tenu de certaines dispositions réglementaires imposées par le code électoral et la charte des partis politiques.

A lire aussi: Bénin : Législatives du 28 avril 2019, l’opposition « écartée » de la course

Tout est parti de l’adoption de la loi N°2018-023 portant charte des partis politiques en République du Bénin et la loi N°2018-031 portant code électoral. La première fait obligation aux acteurs politiques de fédérer leurs partis politiques pour de grand ensemble politique aux fins de limiter le nombre déjà pléthorique de ces partis dans le pays. La seconde loi exige une caution de 249 millions de francs CFA pour une liste qui désire aller aux législatives et un quitus fiscal dument signé par le directeur général des impôts pour tout candidat sur la liste. A tout ceci s’ajoute le certificat de conformité désormais exigé par la Cour constitutionnelle dans sa décision rendue le 1er février 2019. Et c’est cette dernière pièce, obligatoire dans les dossiers de candidatures, qui « a conduit le Bénin dans cette impasse pré-électorale » selon nombre d’observateurs. Le ministère de l’intérieur, de la sécurité et des cultes, seul habileté à délivrer ce papier, « a privé les partis de l’opposition sous le prétexte des irrégularités relevées ». Malgré donc la démarche de mise en conformité entamée et finalisée par les Forces cauris pour un Bénin émergent (FCBE) de Thomas Boni Yayi, l’Union sociale libérale (USL) de Sébastien Germain Ajavon et Restaurer l’espoir (RE) de Candide Azannaï, aucun de ces partis n’a eu son certificat de conformité depuis lors alors même que des instructions auraient été données aux cadres de ce ministère de travailler jour et nuit pour la cause.

La Commission électorale nationale autonome (CENA) a rendu public le 5 mars dernier la liste des partis politiques retenus pour les législatives du 28 avril prochain. Dans son point de presse, Emmanuel Tiando et ses pairs ont dévoilé que l’Union progressiste et Bloc républicain sont les seuls retenus pour cette compétition. Le tollé qui s’en est suivi avait contraint le Chef de l’Etat, Patrice Talon, a convoqué tous les acteurs politiques pour une voie de sortie aux fins de l’organisation des législatives 2019 avec une participation de ceux qui le désirent.

« L’énigmatique » consensus recherché

En séance de concertation avec des acteurs de la classe politique béninoise le 6 mars 2019, le Chef de l’Etat, Patrice Talon a manifestement souhaité que « tout soit mis en place afin que le consensus soit trouvé pour une élection législative inclusive ». Pour joindre l’acte à la parole, il a officiellement mandaté le président de l’Assemblée nationale, Adrien Houngbédji, afin que les parlementaires puissent retoucher les deux lois à polémique (loi sur la charte des partis politiques et le code électoral Ndlr) pour la cause. Une décision saluée, en son temps, par nombre de Béninois.

A la suite de cette rencontre, la 4ème session extraordinaire de l’année a été ouverte par les députés le 11 mars dernier à cet effet.

Pendant 15 jours, et comme l’exigent les textes sur la bonne gouvernance des institutions sous régionales (CEDEAO surtout), les députés n’ont pas pu trouver le consensus pour retoucher ces deux textes.

Les lois dérogatoires proposées par le comité paritaire présidé par Adrien Houngbédji n’ont même pas été examiné par ces députés en plénière. La raison, c’est que le Bloc de la majorité parlementaire (BMP) impose comme condition la révision de  l’article 80 de la constitution du pays afin de proroger leur mandat législatif de 45 jours au moins.

A lire aussi: Bénin : Législatives 2019, les enseignants du bloc républicain font leur rentrée politique

Au moment où les parlementaires cherchaient le consensus à l’hémicycle, le Chef de l’Etat a reçu l’ancien Président Nicéphore Soglo (deux fois de suite), les délégations de la CEDEAO et de l’ONU. Malheureusement du côté de ce Palais présidentiel, aucune fumée blanche n’est sortie pour le consensus et pour des législatives inclusives. Le 1er avril dernier, à la sortie d’une audience avec le Président de la République, la plateforme des présidents des institutions de la République élargie au médiateur de la République et au président de la CENA, a rendu public la substance de leur rencontre. Dans leur communiqué final, le porte-parole de cette plateforme, Joseph Gnonlonfoun, médiateur de la République, a invité le peuple béninois à se rendre aux urnes le 28 avril prochain pour les élections avec les deux listes préalablement autorisées par la CENA « pour faute de consensus entre les acteurs politiques du pays ». Dans le relevé du conseil des ministres de ce mercredi 3 avril 2019, le gouvernement a signalé « que toutes les dispositions sont d’ores et déjà prises pour la tenue effective des élections le 28 avril prochain ».

« Pas d’élection sans l’opposition »

Des acteurs politiques de l’opposition qualifient cette attitude des députés du BMP et du gouvernement comme « une provocation du peuple béninois historiquement pacifique ». Réunis à Cotonou dans la soirée de ce 3 avril, les opposants « ont invité le peuple à une manifestation pacifique à travers tout le pays à compter de ce jeudi 4 avril ». « Les premières élections qui doivent être organisées sous le régime de la rupture nous conduisent inéluctablement vers l’incertitude (…). Nous rendons publique cette déclaration à la suite de la lourde responsabilité prise par les députés de la mouvance présidentielle, d’enliser le dialogue qui était institué en vue de la recherche de solutions consensuelles », a martelé le député Guy Mitokpè, porte-parole de la coalition de l’opposition.  Il ajoute « qu’aucune élection ne  peut se dérouler sans l’opposition dans le pays ».

A lire aussi: Bénin : l’opposition dans les rues pour des législatives inclusives

A la suite de cette coalition de l’opposition, l’ancien Président de la République, Nicéphore Dieudonné Soglo a fustigé ce comportement du Président Talon qui avait pourtant manifesté sa volonté d’organiser une élection inclusive. La Présidente de l’Union pour le développement d’un Bénin nouveau (UDBN), Claudine Prudencio, le Président du parti Dynamique unitaire pour la démocratie (DUD), Valentin Aditi Houdé, tous deux membres de la mouvance présidentielle, ont également fustigé cette méthode « d’exclusion » d’autres forces de la compétition électorale.

Probable sortie de crise ?

Pour nombre de Béninois, la clé de sortie de cette impasse politique se trouve dans les mains du Chef de l’Etat, Patrice Talon. Les professeurs Victor Topanou et Joël Aïvo, les deux universitaires commis pour des propositions de sortie de crise, avaient suggéré que le Chef de l’Etat prenne une ordonnance pour revenir sur les anciennes lois électorales, que la CENA saisisse la Cour constitutionnelle pour une légère modification de son calendrier électoral comme ce fut le cas de par le passé et que les administrations libèrent, chacune en ce qui la concerne, les certificats de conformité et les quitus fiscaux. Pour d’autres juristes, le Président de la République doit abroger le décret qui convoque le corps électoral pour le 28 avril prochain et qu’un nouveau processus électoral soit lancé.

A lire aussi: Bénin : L’opposition fait front commun pour les législatives d’avril 2019

Des propositions alléchantes qui n’ont malheureusement pas recueilli l’assentiment du Chef de l’Etat surtout quand on se fie au relevé du communiqué final du conseil des ministres de ce mercredi 3 avril. Des Béninois espèrent certes un miracle politique surtout avec le Président Talon, mais pour la première fois dans l’histoire du pays, un énorme nuage épais plane sur les élections législatives du 28 avril 2019.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.