Cameroun : rentrée sénatoriale sur fond de contestations

Cameroun : rentrée sénatoriale sur fond de contestations

 

La décentralisation et les conflits d’intérêts étaient au cœur de la session de plein droit de la seconde mandature du sénat camerounais ouverte ce mardi au Palais des Congrès de Yaoundé. C’était au cours de la traditionnelle cérémonie du troisième mardi succédant la proclamation des résultats des sénatoriales par le Conseil constitutionnel conformément au Code électoral.

Par Aurore Bonny

Au cours de cette rentrée parlementaire les sénateurs ont mis l’accent sur la décentralisation. La sénatrice Mouanpiandjo Marie-Claire a notamment affirmé que «  les défis » à relever sont « la décentralisation et le développement local ».

Le processus de décentralisation souhaité par la grande majorité des Camerounais traine à être mis en place jusqu’ici. Mais avec la crise anglophone et le débat de la sécession qui fragilise le Cameroun depuis quelques mois, plusieurs personnalités pensent que l’accélération du processus de décentralisation serait la meilleure solution de sortie de crise.

La surprise était grande lorsque Nfon Victor Mukete Essimi Ngo, en sa qualité de sénateur doyen d’âge a affirmé son soutien au président camerounais dans l’avancée du processus de décentralisation. «Le Cameroun est un Etat unitaire, un Etat uni et (…) seule la décentralisation demeure un système efficace de gestion administrative et démocratique. Je reste attaché à cette idée et je la défendrai jusqu’à la fin de mes jours pour soutenir le grand humaniste et chef d’Etat rigoureusement attaché à l’unité de son pays » a déclaré le sénateur de 99 ans.

Il y’a encore quelques mois, Victor Mukete ne ménageait pas sa langue pour critiquer la gestion de la crise anglophone qui secoue actuellement le Cameroun. Il se positionnait d’ailleurs comme partisan du fédéralisme pour la résoudre. Brusque retournement de veste, l’octogénaire camerounais devient favorable à la décentralisation. Une déclaration contestée par l’opposition. C’est en effet Henry Gamsey Kemende, l’un des sénateurs du Social Democratic Front (SDF), principal parti d’opposition, qui est monté au créneau. Il a notamment relevé « l’illégalité » du Sénat actuel. Il a précisément visé le doyen d’âge en soulignant que le bureau qu’il préside en intérim devrait être constitué par rapport aux lois nationales et se trouve « mal composé ».

En notant que Victor Mukete a gardé sa fonction de président du Conseil d’administration de Camtel, la société publique de télécommunications en briguant le mandat de sénateur, le parlementaire du SDF a rappelé la restriction du Code Pénal interdisant ce cumul de fonctions. Une dénonciation qui trouve effectivement son essence dans l’article 162 du code pénal. «La moindre des choses aurait consisté pour Victor Mukete à montrer sa lettre de démission, mais il a continué sans élégance avec cette présidence. Il a plutôt prononcé une motion d’ordre. On ne peut être accusé et juge en même temps sur une requête adressée contre soi. Il s’agit bel et bien d’une situation d’incompatibilité » a martelé Henry Gamsey Kemende face à la presse nationale.

Rappelons que la session ouverte ce mardi est consacrée à la vérification des incompatibilités dans les pièces déposées par les 70 sénateurs élus et les 30 nommés par le président de la République. Elle s’active également à la vérification des mandats avant la distribution des divers attributs des sénateurs. Lesquels symbolisent le feu vert pour le démarrage des travaux.

Légende photo: vue du sénat Camerounais (Crédit photo: Cameroun Tribune)

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