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Christian Roger Okemba: la descente aux enfers

Près de trois ans après son élection à la mairie de Brazzaville, Christian Roger Okemba a été suspendu de ses fonctions fin février 2020, avant d’être démis de son poste le  25 avril. Parmi les faits qui lui sont reprochés, le manque de transparence dans la gestion des finances de la municipalité. Chronique d’une chute.

Par Prince Bafouolo

Docteur en sciences politique, enseignant-chercheur à l’université Marien N’gouabi, Christian Roger Okemba  a été élu le 24 aout 2017 à la tête du conseil départemental et municipal de la ville de Brazzaville. Même si la nomination de sa fille, Emiria Ondonda Okemba comme directrice des finances municipales dès sa prise de fonction avait fait grincer des dents, le début de son mandat a été plus ou moins prometteur.

Grâce à son projet « bâtissons Brazzaville ensemble », il a rencontré plusieurs chefs de quartiers et les populations afin de recueillir leurs préoccupations. L’initiative « 100 jours, redonnons le sourire à nos concitoyens » a permis de boucher des nids de poules de certaines artères, et de moderniser les gares routières des marchés bourreau à Makélékélé et Thomas Sankara à Talangai. A son actif, on note aussi la construction d’une salle VIP à la morgue municipale de Brazzaville. Mais les principales attentes des Brazzavillois n’ont pas vu le jour.

« Je pense qu’à un moment donné, il voulait vite s’enrichir. La modernisation de la ville ne l’intéressait plus», persifle un conseiller municipal qui a requis l’anonymat. Une thèse corroborée par « l’octroi des marchés de gré à gré accordée à ses proches, y compris sa femme, chargée de livrer du matériel à la mairie ». Face à la « gestion opaque » du maire, le mécontentement ne s’est pas fait attendre. En avril 2019, une lettre d’Inès Nadège Nguesso Mouebara, receveur municipal de Brazzaville, qui avait fuitée sur la toile,  accusait le maire de Brazzaville de gérer l’argent des vignettes 2019 (taxes de roulage) à sa guise, ceci au mépris des textes en vigueur.

« Epinglé par les quatre autres membres du Bureau exécutif et par 59% des conseillers municipaux, les faits reprochés à celui-ci ont fait l’objet d’une déclaration le 10 février 2020, puis d’une pétition le 19 février », rapporte le compte rendu du conseil des ministres du 18 avril 2020. Le document de l’exécutif stipule que « le maire s’était affranchi du respect des lois et règlements, malgré les observations du ministère de tutelle ». Pour cause, « la somme de 250 millions de francs CFA, correspondant à l’appui de l’Etat aux travaux de rétablissement du trafic lourd à Djiri, crédits perçus en décembre 2009 au mépris des règles de passation des marchés publics et dépensé à l’insu des autres membres du bureau exécutif et du receveur municipal » et  « la somme d’un milliards 250 millions de francs CFA, correspondant à l’appui budgétaire de l’État à la commune de Brazzaville dans le cadre du programme d’urgence de gouvernement, somme virée sur un compte privé à la demande du maire, et ce, en absence de tout marché public ».

Une gestion « solitaire et peu orthodoxe », et « un manque d’effectivité de l’exécution des budgets 2018 et 2019 » dénoncés par les soixante conseillers signataires de la pétition qui demandait le remplacement du maire de Brazzaville.  Voyons l’étau se resserrer sur lui, Christian Roger Okemba convoque une session budgétaire, pour essayer de recoller les morceaux. Trop tard. Le 27 février, le préfet de Brazzaville interdit la tenue d’une éventuelle session. Dans la foulée, le ministre de l’intérieur Raymond Zéphirin Mboulou suspend Christian Roger Okemba pour « permettre des investigations appropriées » sur les « irrégularités constatées dans la gestion administrative et financière de la ville ».

Parallèlement, un compte de la municipalité est gelé. Le 3 mars 2020, il est convoqué et gardé à la Direction générale de la sécurité du Territoire (DGST). De source municipale, les enquêteurs auraient retrouvé 700 millions en espèce au domicile du maire, 1 milliard 700 millons dans le compte de sa fille et 800 millions dans le compte d’un de ses beaux-frères. Le 13 avril, Christian Roger Okemba est déféré à la maison d’arrêt de Brazzaville, avec six de ses présumés complices, dont son épouse et le directeur général du budget, Nicolas Okandzi, en poste depuis 1997. Le 18 avril, il est révoqué en conseil des ministres.

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