Les députés burkinabés en séance plénière à l’hémicycle © Rfi.fr
Les députés burkinabés en séance plénière à l’hémicycle © Rfi.fr

Le constat laisse à réfléchir. En Afrique, les élections législatives attirent de plus en plus de citoyens. Issus de partis politiques ou pas, acteurs de la société civile, jeunes et même moins jeunes n’hésitent plus à se lancer dans la course. Problème, tous ne vont pas à l’hémicycle pour l’intérêt général.

 

Par Prince Bafouolo

Dans certains pays, c’est presque devenu un effet de mode. Le nombre de candidats aux élections législatives devient tant étonnant qu’inquiétant. A côté des candidatures « traditionnelles », le landernau politique de plusieurs pays africains a vu débarquer des profils divers et variés. Avec parfois des plaisantins qui, lors des campagnes, amusent plus la galerie qu’ils ne rassurent les mandants. Et pourtant ces personnes tirent souvent leur épingle du jeu.

Ils sont issus du monde des affaires, du sport, de la musique, de l’enseignement, de l’entreprenariat ou sortent de nul part, et ambitionnent d’avoir un siège dans l’hémicycle de leur pays. Mais pour quel objectif ? Une chose est certaine, tous parlent au nom du peuple. Des concitoyens qu’ils disent vouloir sortir de la pauvreté et du sous développement. Pour ce faire, tous les stratagèmes sont mis à contribution. Promesses de tout genre qui partent de la construction d’écoles, d’hôpitaux, de la réhabilitation du seul pont du quartier en dégradation, à la prise en charge des veillées mortuaires de la circonscription et ceci, ou remise de dons multiformes.

Face à des populations désœuvrées, souvent dans la misère et l’incertitude du lendemain, les candidats à la députation s’en sortent plutôt bien. Ventre affamé n’ayant point d’oreille, on se fiche bien du programme de celui-ci pour se contenter des présents et bienfaits actuels de « l’homme providentiel ». Dans certains cas, la misère est tellement accrue qu’on peut voir venir le même candidat depuis deux décennies, avec les mêmes promesses non réalisées, le même discours sans que cela n’appelle à une prise de conscience des populations. Un état d’esprit que connaissent parfaitement les candidats aux élections, et sur lequel ils s’appuient volontiers pour manipuler les mandants. Constat, ça marche visiblement bien puisqu’ils sont nombreux, à être élus sur l’ignorance des électeurs. Mais jusqu’à quand les populations seront-elles complices ?

 « Le séjour » à l’hémicycle

S’il était donné aux mandants d’assister aux sessions de l’Assemblée nationale, bien de citoyens se rendraient compte qu’ils ont décidé d’envoyer à l’hémicycle, dans certains cas, des individus à la tête vide, sans réelle vision, plus intéressés à se remplir les poches qu’à les représenter. D’ailleurs, dans les pays où les sessions sont retransmises en direct à la télévision ou à la radio, cela est désormais bien démontré. Durant l’entièreté du mandat, ils sont nombreux les députés qui ne posent pas les vrais problèmes qui minent la société. Mieux ils ne proposent pas de loi pour solutionner ces problèmes. Il y’en a d’ailleurs qui ne prennent jamais la parole. Ni pour des contributions, des amendements et encore moins pour questionner l’exécutif lors des séances orales aux membres du gouvernement. Pourtant, cela relève de leurs principales missions.

Pour rappel, le rôle premier du député est de voter les lois et de contrôler l’action du gouvernement. Il participe au débat sur les textes mis à l’ordre du jour, d’abord en commission puis en séance plénière. Il peut apporter des amendements à celui-ci et le voter ou non. Mais combien peuvent se vanter de jouer ce rôle au vrai sens du terme ?

Pour faire bonne figure, certains se contentent de venir faire des petits cadeaux lors des marronniers comme la rentrée scolaire, la fête de Noël ou le nouvel An, comme si c’était la mission pour laquelle ils ont été élus.

Avec le vote ethnique, le copinage ou « le parachutage », on a vu ces dernières années des citoyens au bagage intellectuel douteux, faire leur entrée dans certains hémicycles du continent. Un costume et une cravate, puis quelques billets de banque suffisent pour « vendre » l’image de « l’homme qu’il faut ». Dans le fond, il s’agit bien de «figurants» qui siègent dans les hémicycles, avec tous les dégâts que cela comporte pour la société. Cette catégorie de députés serait donc payée avec l’argent du contribuable à ne rien faire ? Les populations feront mieux de prendre conscience et de sanctionner ce genre d’élus lors des prochaines élections, car leur avenir est bien plus important que les présents et les discours mielleux aux allures démagogiques que viennent déverser ces candidats mal intentionnés, prêt à tout pour jouir des avantages de la fonction mais incapables de se soucier de l’intérêt général.

 L’Afrique demande à être respectée, mais fait tout pour ne pas l’être véritablement. Dans un monde qui devient un village planétaire, le respect passe aussi par la qualité et le niveau des élites. Une régulation s’impose. Les partis politiques devraient veiller sur les profils des citoyens qu’ils investissent pour les législatives. De même le peuple devrait comprendre la nécessité de faire de bons choix. Il est certes vrai que dans de nombreux pays, les candidats sont plutôt nommés que voté. Mais un député dont la campagne n’est pas rayonnante et dont le tee-shirt n’est pas arboré par des citoyens qui refusent même de prendre l’argent qu’il leur propose ne peut être imposé à ces derniers. Il existe bien un niveau de conscience et de maturité qui empêche la corruption. Il est impératif de l’atteindre et de bouter les plaisantins des hémicycles.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.