Une vue du parlement Rwandais. © Panoractu.com

Le débat sur l’égalité Hommes-femmes au sein des chambres parlementaires du continent reste d’actualité. Certains pays se démarquent, tandis que d’autres trainent le pied. Quels sont les pays exemplaires ? Lesquels peinent à y arriver et pourquoi la parité n’est–elle pas appliquée dans certains pays ? Nous avons interrogé des spécialistes de la question du genre et des militantes de la cause féminine. Gros plan.

 

Par Aurore Bonny

Plus qu’une référence le Rwanda est un pionnier en terme d’égalité des sexes à l’échelle mondiale. Son organe législatif est dominé par la gente féminine. En effet, dans ce pays, 52% de la population est féminine et le parlement compte environs 62% de femmes. L’un des principes fondamentaux prévus à l’article 10 de la Constitution rwandaise prévoit l’égalité de tous les Rwandais et l’égalité entre les femmes et les hommes reflétée par l’attribution d’au moins 30% des postes aux femmes dans les instances de prise de décision.

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La Namibie est pratiquement passée de 25% à près 47% de femmes au sein de son Assemblée nationale. Elles sont également présentes en nombre important au sein des grandes institutions du pays. Ce dernier a, par ailleurs, adopté un système non officiel nommé « Système du zèbre »  qui force la représentation d’autant de femmes que d’hommes. Depuis quelques années, il est obligatoire pour chaque parti politique de fournir une liste de candidats composée d’un nombre égale des deux genres. Les homme ministres ont même l’obligation de choisir des vice-ministres femmes et vice versa.

Autre exemple, le Sénégal. Sa chambre parlementaire constitue environs 41 % de femmes soit 69 députées sur 165 sièges, dépassant ainsi la moyenne mondiale étant de 24,1% et la moyenne subsaharienne de 23,8%.  Même son de cloche pour l’Afrique du Sud où ces femmes occupent en moyenne 42% des sièges à l’assemblée, 40% des postes ministériels ou de postes clés de l’Etat. Au Mozambique, elles représentent 39.6% au parlement.

Ailleurs, le tableau est plus sombre. En Mauritanie, au Maroc, au Gabon, au Nigéria et dans bien d’autres pays d’Afrique, la parité reste un vain mot. On en est encore à l’étape des discours. En 2015, à titre illustratif, la République démocratique du Congo a adopté une loi permettant la mise en application de la parité dans tous les domaines tout en promettant des sanctions quant à sa violation. Pourtant, d’après les organisations féminines du pays, cette loi reste encore une formalité. Ces organisations ont récemment adressé un mémorandum au nouveau président de la République, Felix Tshisékedi.

Avec un parlement constitué à 79% d’hommes, les femmes représentent 30 % au sénat et 21 % à l’Assemblée nationale du Kenya. Les députés kenyans ont, à plusieurs reprises, repoussé les lois voulant l’augmentation des femmes dans leur hémicycle. Après 4 rejets depuis 2010, le dernier date du mercredi 27 février dernier, les femmes députées ne cachent plus leur exaspération. Elles se disent déçues et accusent un manque d’engagement du gouvernement et de leurs collègues du sexe masculin face à cette loi.

La loi sur l’égalité, pour quelle importance ?

Dans des pays comme le Gabon, il est encore loin d’être question d’égalité des genres alors que le besoin est bien réel et se manifeste même parfois. En 2018, Franck Nguema, l’un des candidats aux législatives, avait saisi l’occasion pour revendiquer des lois relatives à la parité des sexes au sein des instances. Suivant les différentes productions de la presse locale, il se dit être en faveur de « ceux qui pensent que la femme occupe un rôle de choix au sein de la société, de ce fait, elle a les mêmes droits que l’homme ». Pour lui, les femmes devraient occuper autant de postes attribués aux hommes.
«L’apport positif d’un nombre critique de femmes au sein des instances est confirmé. Il faut mettre en place des mesures pour favoriser la parité entre les hommes et les femmes, c’est le premier pas vers une gestion plus saine de notre pays », avait-il confié à la presse en son temps. Il est convaincu que grâce aux qualités humaines de la femme, la parité sera l’un des moyens qui sortira le Gabon de « la mauvaise gouvernance, de l’égoïsme et de la pauvreté ».

« C’est une bonne loi », a déclaré le député sénégalais Diop Dionne à Hémicycles d’Afrique au sujet de cette proposition de loi paritaire de son homologue gabonais. Cependant, souligne-t-il, « il faudrait surtout qu’elle s’accompagne d’une mise à niveau de femmes qui occupent les postes dédiées au quota féminin »

Le difficile « pas » d’application de ces lois

Comme on peut le constater dans ces pays africains qui peinent à faire de l’égalité des sexes dans les instances décisionnelles une réalité, le besoin de faire participer les femmes se manifeste. Mais, comme le souligne le député sénégalais Diop Dionne, « les femmes se battent pour l’application de cette loi, mais elles donnent plus l’impression de mener ce combat pour bénéficier des avantages financiers et matériels que pour assurer une bonne représentation au sein des organes ».

Au Kenya où les députés brillent par leur absence lorsqu’il s’agit d’aborder la question, certains observateurs font allusion au conservatisme et évoquent les critiques faites sur ces lois qui, selon eux, engendreraient le favoritisme des femmes et donc, plus de coûts.

Comme le député Diop Dionne, d’aucuns trouvent que la gente féminine n’est pas particulièrement attirée aux fonctions politiques ; leurs pourcentages aux fonctions électives étant très réduits.

Constance Yaï, l’ex Ministre ivoirienne de la promotion de la femme, pense que « les femmes ont une part de responsabilité, peut-être qu’elles ne se prennent pas suffisamment au sérieux, et cela conditionne l’état d’esprit du public ». « Au-delà des lois, il faut surtout une volonté politique qui n’existe pas encore. Les Ivoiriens n’ont pas confiance en leurs femmes, contrairement à certains pays africains. Au Congo, au Bénin ou autre, les revendications des femmes sont portées par les partis politiques. En Côte d’Ivoire, il y a une certaine théâtralisation des femmes dans la société. A la télé, à la radio, les droits de femmes sont tournés en dérision de façon générale » avait-elle déclaré.

D’après Hygin Kakaï, spécialiste béninois des sciences sociales, le problème se pose au niveau des mentalités. « La parité est seulement juridique. Elle ne peut être sociologique, car les inégalités sociales sont innées dans les cartes mentales » a-t-il expliqué à Hémicycles d’Afrique. Toutefois, il reconnaît qu’un encadrement juridique est nécessaire à l’émancipation des couches sociales. Ce qu’il faut surtout, d’après ses propos, c’est « la promotion du genre qui n’est pas la parité mais qui met l’accent sur le renforcement des capacités des couches défavorisées ». Un élan que rejoint Nkolo Tchoungui Adjessa Claude, jeune député Camerounais. Selon ce dernier, les femmes n’ont certes pas les mêmes capacités physiques que les hommes, mais une politique d’encouragement de ces femmes et filles à tous les niveaux est vivement préconisée afin qu’elles prennent part au processus décisionnel.

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