Dr Zalikatou Diallo, « Aucun développement durable ne peut être effectif sans les femmes »

Dr Zalikatou Diallo, à Conakry. Source photo: Facebook

Dr Zalikatou Diallo, « Aucun développement durable ne peut être effectif sans les femmes »

La femme guinéenne est toujours « sous représentée » dans les instances décisionnelles alors même que l’actuel président de la République, Alpha Condé, a dédié son mandat aux femmes et aux jeunes. Face à cette situation, les femmes font de plus en plus entendre leur voix pour une meilleure représentativité dans des instances de décision pour un développement durable du pays. Parmi ces combattantes, figure la députée Zalikatou Diallo, secrétaire générale du forum des femmes parlementaires de Guinée et rapporteur de la commission santé, travail et affaires sociales du parlement panafricain. Dans cet entretien exclusif qu’elle a accordé à Hémicycles d’Afrique, elle revient sur ses efforts pour l’égalité du genre et son combat en faveur du respect de la déclaration d’Abuja du 24 novembre 2008

 

Propos recueillis par Alpha Débeya Diallo

Hémicycles d’Afrique : En plus de votre casquette de députée, vous êtes secrétaire générale du Forum des femmes parlementaires de Guinée. Que peut-on comprendre réellement de vos efforts dans ce forum ?

Zalikatou Diallo : Il faut d’abord signaler que le forum des femmes parlementaires de Guinée est né de la volonté de toutes les femmes parlementaires de toutes les obédiences politiques confondues aux fins de conjuguer leurs efforts pour pouvoir défendre les droits des femmes non seulement au niveau de l’Assemblée nationale mais dans tout le pays. Aussitôt créé le 10 mai 2014, le forum a élaboré un plan d’action stratégique qui se repose sur 4 axes principalement. L’axe N°1 a trait aux plaidoiries et le lobbying pour l’application du cadre national de promotion et de protection des droits des femmes. L’axe 2 est focalisé sur la sensibilisation des acteurs concernés, le 3ème axe pour le renforcement des capacités institutionnelles et techniques et le 4ème est l’appui institutionnel.

Nous avons mis en œuvre tous ces quatre axes. Il y a certes des défis, mais nous avons des acquis. Au niveau du plaidoyer et du lobbying, durant toutes ces années, grâce au dynamisme des membres et l’appui technique du PNUD, nous avons pu effectuer des voyages d’études dans quatre pays à savoir le Sénégal, le Burkina Faso, le Rwanda et le Mali. Le groupe qui est parti au Sénégal a pu rencontrer la directrice régionale d’ONU-Femmes, le plaidoyer a été fait à ce niveau et nous avons pu bénéficier d’un appui pour que le gouvernement du Canada finance le forum pour le projet de la représentativité des femmes en politique. C’est ce projet que nous sommes en train de mettre en œuvre depuis deux ans. A ce sujet, nous avons effectué beaucoup de formations, notamment sur le leadership transformationnel que nous avons fait bénéficier aux femmes des partis politiques et de la société civile. Nous avons pu aussi sillonner plusieurs fois le pays en prélude aux élections locales pour sensibiliser, faire un plaidoyer au niveau des partis politiques et la société civile pour le positionnement des femmes, la sensibilisation pour le respect des articles 1 et 8 de la constitution concernant les listes des candidatures. Après les élections, les résultats étaient nettement en deçà des attentes. Donc nous sommes repartis et nous venons de boucler deux semaines de tournée à l’intérieur du pays. Cette fois-ci pour pouvoir sensibiliser les partis politiques, la société civile et les autorités afin que ces derniers puissent designer des femmes comme chefs de quartiers, districts et dans d’autres instances dirigeantes. Il faut vraiment qu’il y ait un égal accès à ces postes, parce que les discriminions sont criardes au détriment des femmes. Partout où nous avons passé, aucune femme cheffe de quartiers, présidente de districts ni cheffe secteur. Donc nous avons fait le plaidoyer pour cela parce que ce sont les partis politiques qui vont les désigner à ces différents postes de responsabilité au prorata des résultats des élections communales. Ensuite nous avons fait le plaidoyer pour que le peu des conseillères élues soient désignées membres des conseils régionaux.

H.A : En quoi vos actions profitent-elles à la population notamment aux femmes guinéennes ?

ZD : On estime que beaucoup de choses sont en train de changer au niveau des femmes. Ceci parce qu’en expliquant aux hommes et aux femmes qu’aujourd’hui, pour qu’il y ait un développement durable, on ne peut pas laisser en marge plus de la moitié de la population. Les femmes représentent près de 52% de la population guinéenne. Aucun développement durable ne peut être de mise en laissant en marge cette frange importante de la population. Ce n’est pas une doléance qu’on fait, mais c’est un droit que la constitution consacre. Les articles 1er et 8 sont clairs la dessus. Il faut la mise en œuvre, sinon ce sont les femmes qui sont mobilisatrices au niveau des partis politiques qui sont encore minoritaires dans les instances de direction. Il faut qu’on corrige ces inégalités. Quand ont prend les élections communales, sur 29 mille 544 candidats, il n’y avait que 7 mille 44 femmes candidates soit 23% environ. Ce qui est minime. Même les 30% qui étaient requis n’ont pas été atteints. A la suite de la proclamation des résultats, la discrimination s’est nettement concrétisée également. Quand on prend les 38 communes urbaines du pays, il n’y a qu’une seule femme maire du nom d’Aminata Touré de Kaloum. Les autres femmes, six (6) environ, sont maires des communes rurales. Il y a même des communes où il y a zéro femme dans le conseil communal. C’est inadmissible de nos jours avec tous les efforts que le gouvernement est en train de faire, surtout que le président Alpha Condé a dédié son mandat aux femmes et aux jeunes.

H.A : Avez-vous initié des propositions de lois pour l’amélioration de ces conditions ?

ZD : Nous avons un sentier pour pouvoir améliorer la participation des femmes en politique. Ce sentier n’est autre qu’une proposition de loi sur la parité que le forum des femmes parlementaire a élaboré. On a pu mobiliser jusqu’à 85 députés pour former un collectif. La loi a été déposée. On souhaiterait vraiment qu’elle soit examinée et adoptée durant la prochaine session de lois. Ceci représente un moyen de coercition où les partis politiques qui ne respecteront pas les 50% dans les prochaines joutes électorales verront leurs listes rejetées. Nous avons participé aussi à la révision du règlement intérieur de l’Assemblée nationale qui était en souffrance parce qu’il ne répondait plus au paysage politique actuel. Il y avait beaucoup d’articles en désuétude. Donc on a participé activement à la révision de ce règlement intérieur qui est une loi organique et qui est voté à l’Assemblée nationale. Nous avons aussi œuvré pour l’adoption de bien d’autres codes au sein du parlement.

HA : Quel combat menez-vous en tant que rapporteur de la commission santé, travail et affaires sociales du Parlement panafricain ?

ZD : Effectivement je suis à mon deuxième mandat en tant que membre du bureau de cette commission du Parlement panafricain. Nous avons travaillé d’arrache-pied parce que chaque année nous avons un programme de travail annuel. La commission santé a pu élaborer, grâce à l’appui technique et financier du NEPAD, une loi type sur la réglementation de l’utilisation des médicaments en Afrique. Ça c’est un acquis inestimable. Cette loi type a été élaborée. Elle a suivi tout le processus jusqu’à être adopté à l’Union Africaine par la conférence des chefs d’Etat. C’est un texte qui va permettre aux lois nationales de s’améliorer en termes d’utilisation des médicaments. Ça va aider ces lois nationales à se perfectionner.

Le deuxième projet que nous avons est lié au volet social. Là, c’est un projet de loi type que nous élaborons en synergie avec la commission de l’égalité en genre et des personnes handicapées du parlement panafricain. Nous avons commencé il y a un an et la rencontre de Tunis vise à accélérer le processus jusqu’à son adoption au niveau de la conférence des chefs d’Etat de l’Union Africaine.

En plus de cela, nous faisons des visites de terrain pour évaluer les principaux défis que rencontrent les populations africaines en matière de santé. On se bat dans ce sens pour respecter la déclaration d’Abuja qui demande aux Etats membres de l’Union Africaine de consacrer au moins 15 % de leurs budgets annuels à la santé. Ceci est un défi majeur dans la mesure où très peu des pays avoisinent les 15%. La plupart sont à 5 ou 7%. Ici en Guinée heureusement, on est passé de 2 à 8 %. Il faut reconnaitre qu’il y a eu des avancées mais on continue de faire le plaidoyer au niveau du parlement panafricain, à tous les Etats membres pour pouvoir respecter la déclaration d’Abuja, à savoir 15% pour la santé et l’éducation.

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