Lucie Sessinou, présidente du Réseau des femmes élues conseillères du Bénin © J.F / HA
Lucie Sessinou, présidente du Réseau des femmes élues conseillères du Bénin © J.F / HA

La gestion au niveau local nécessite la participation de tous les acteurs de l’administration décentralisée. Et pour assurer pleinement leurs prérogatives, des élues se sont retrouvées pour constituer le Réseau des femmes élues conseillères du Bénin (RéFEC-Bénin). La présidente de ce réseau, Lucie Sessinou, nous parle davantage de cette association féminine. Entretien.

 

Propos recueillis et transcris par Josaphat Finogbé

 

Hémicycles d’Afrique : Qu’est-ce que le Réseau des femmes élues conseillères du Bénin ?

Lucie Sessinou : Le Réseau des femmes élues conseillères du Bénin est une association des femmes élues dans chaque commune de chaque département du Bénin. Nous sommes actuellement une soixantaine nouvellement élues qui se sont ajoutées aux anciennes pour plus de continuité dans les actions du réseau.

H.A : Que fait concrètement le réseau dans un univers déjà jonché d’association de femmes ?

L.S : Non, retenez d’abord qu’il ne s’agit pas d’une association de trop. Notre mission principale est d’éduquer les populations sur les questions de citoyenneté et de redevabilité envers la nation. Nous développons une mutualité et une entraide en notre sein aux fins d’accompagner les femmes conseillères dans l’accomplissement de leurs fonctions dans les communes et municipalités. Notre but, c’est d’aider les femmes du réseau à mettre en exergue les projets de développement, en accord avec la mairie, pour le soulagement des peines de leurs administrés. Ces projets rédigés et qui proviennent des femmes sont fortement soutenus par le réseau et présentés aux partenaires techniques et financiers pour son financement en vue de sa réalisation sur le terrain.

H.A : Depuis quand est né votre réseau ?

L.S : Le réseau a été constitué au lendemain de l’avènement de la décentralisation au Bénin. Aussitôt les premières élections communales, municipales et locales tenues, le réseau a été mis sur pied et les démarches administratives ont été également menées. Donc, c’est depuis 2003 que le réseau existe et opère dans les différentes communes du pays.

Mais quand on parle des femmes conseillères, c’est juste au niveau des femmes conseillères municipales du Bénin. En ce qui concerne les femmes élues conseillères locales, le réseau ne s’est pas encore étendu à ce niveau. Mais les démarches sont déjà en cours pour davantage impliquer ces femmes élues locales dans le réseau à travers une association qui sera donc affiliée     au réseau. Une telle union pourra permettre une mutualisation plus accrue pour mieux contrôler la gestion au niveau local.

H.A : Que peut-on aujourd’hui retenir de votre présidence à la tête du réseau ?

L.S : Il faut d’abord signaler que j’ai été vice-présidente du réseau durant la deuxième mandature pour sept (7) ans. J’ai été donc confirmée présidente du réseau en 2018 lors de notre congrès ordinaire électif.

Depuis donc mon élection, mon équipe et moi avions tout de suite élaboré certains documents qui permettront au réseau d’être plus dynamique sur le plan institutionnel. Nous avons achevé l’élaboration de notre manuel de procédure et le plan stratégique quinquennal. Nous y avons tracé notre plan de travail et ce sur quoi reposeront nos actions au cours de notre mandature. Ces différents documents ont été présentés à nos partenaires techniques et financiers pour leur réalisation puisque nos cotisations ne pourront malheureusement pas combler nos attentes exprimées dans ces documents. Aussi, dois-je signaler que nous avons déjà bénéficié de financements qui nous ont permis de procéder au renforcement des capacités des membres en matière de reddition de compte et de maîtrise des prérogatives qui leurs sont dévolues.

H.A : Quels sont les grands axes de votre plan stratégique quinquennal ?

L.S : Il y a un vaste programme dédié à la reddition des femmes conseillères municipales et communales pour donc montrer aux populations leur utilité dans les conseils municipaux. Pour nous, il est grand temps qu’on finisse avec les femmes conseillères figurantes dans les conseils pour une représentativité des femmes bien fortes capables d’insuffler une nouvelle dynamique dans la gouvernance locale. Nous avons également consacré notre plan à renforcer les capacités des femmes conseillères pour le suivi budgétaire dans leur commune respective.  En le faisant ainsi, les femmes pourront détecter les failles et proposer des solutions puisque l’expérience démontre au Bénin que les femmes maîtrisent mieux les besoins sociaux des administrés. Une telle action pourra également leur permettre de déjouer et de détruire les nids de corruption pour une gestion plus saine des ressources de la commune. C’est en même temps, une arme à remettre à ces femmes conseillères municipales pour une véritable lutte contre la corruption au niveau décentralisé.

Dans le même ordre d’idée, notre travail sera focalisé, au cours de notre mandature, sur les procédures de passation de marchés publics dans nos mairies. Pour nous et suivant le constat fait sur le terrain, c’est un volet que les femmes ne maîtrisent pas trop. Il fallait donc agir sur ce levier et nous l’avons clairement défini dans notre plan stratégique quinquennal.

H.A : Pourquoi, malgré l’ancienneté de ce réseau, peu de femmes sont dans les conseils municipaux ?

L.S : C’est le triste constat en ce moment. Mais c’est un combat que nous continuons de mener tant individuellement qu’au sein du réseau. Nous nous battons certes pour y arriver, mais retenez que les us et coutumes de notre pays le Bénin continuent malheureusement de peser sur les femmes qui sont toujours indécises surtout sur le plan politique. Nous ne pouvons pas nous féliciter pour l’instant puisque le nombre des femmes élues conseillères n’est toujours pas aussi reluisant, mais nous notons au moins une progression bien significative malgré tout. Le combat est donc continuel et nous y tâcherons tout au long de notre mandature.

En dehors des barrières traditionnelles, il y avait l’absence d’une bonne législation en faveur des femmes. Heureusement, la nouvelle constitution adoptée le 1er novembre dernier à l’Assemblée nationale a enfin institutionnalisé la discrimination positive à l’égard des femmes. C’est une avancée significative dans le processus de la représentativité des femmes dans les instances décisionnelles.

H.A : Que retenir de votre collaboration avec d’autres réseaux ou association du genre sur le continent ou dans le monde ?

L.S : Le Réseau des femmes élues conseillères du Bénin fait partie de l’Association des femmes élues de l’Afrique. Nous participons donc activement à toutes les activités de cette association sur le plan africain. Nous collaborons également avec d’autres associations du genre en dehors de l’Afrique. Un partenariat qui permet un meilleur fonctionnement de notre réseau local et qui met d’ailleurs plus de visibilité sur les femmes membres.

C’est un réseau de femmes qui a bien besoin de soutien et de l’accompagnement de tous. Notre crédo étant la transparence, la citoyenneté et la bonne gouvernance, nous militerons pour faire de notre mandature, une totale réussite quant à l’atteinte des objectifs fixés dans notre plan stratégique quinquennal.

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