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[Entretien] Tchad : Saleh Kebzabo, « Nous voulons aller aux élections, mais pas à n’importe quel prix »

Le député Saleh Kebzabo, président de l’Union Nationale pour la Démocratie et le Renouveau (UNDR) © Abel T. / HA

Le gouvernement tchadien a adopté le 31 octobre 2019 en conseil des ministres le nouveau projet du code électoral. Mais pour les opposants au régime en place, il s’agit d’un forcing imposé par le régime pour aller aux élections dans des conditions douteuses. Au micro d’Hémicycles d’Afrique, le député Saleh Kebzabo, président de l’Union Nationale pour la Démocratie et le Renouveau (UNDR), a donné son avis sur le sujet. Entretien.

 

Propos recueillis par Abel Nayalta Tossi

 Hémicycles d’Afrique : Le gouvernement a adopté le projet du code électoral revu par le CNDP. Quel constat faites-vous ?

Saleh Kebzabo : Le code électoral a été adopté par l’Assemblée nationale il y a seulement quelques mois. Mais, le  fait de remettre en cause ce qui a été voté par les élus du peuple dénote un peu du manque de sérieux de nos autorités. Dans le nouveau projet de code que le gouvernement a adopté, le mode de scrutin qui avait fondamentalement changé, a été encore changé pour revenir à l’ancien mode. Donc, je constate que cela profite toujours au parti au pouvoir.

Deuxièmement, le Président de la République, Idriss Déby, veut qu’on aille aux élections et pour cela, il modifie encore les délais du processus. Ce n’est pas encore sérieux. On ne peut pas modifier le code électoral comme ça, à quelques mois des élections. Quand je dénonce,  cela ne veut pas dire que je ne veux pas aller aux élections, je constate seulement qu’on ne gère pas des choses de façon normale. Nous sommes prêts à aller aux élections, mais pas à n’importe quelles conditions, non plus. C’est pourquoi nous demandons avec insistance, qu’il y ait un dialogue sur les élections uniquement, entre les acteurs politiques, parce que les conditions actuelles ne sont pas normales. Vous savez, le Cadre nationale de dialogue politique (CNDP) est illégal, la CENI est illégale, les lois sont modifiées au besoin, le découpage administratif est fait à dessein pour avantager le parti au pouvoir et cela crée une injustice très grave dans le pays.

H.A : Pourquoi qualifier le CNDP illégal alors que vous y êtes représenté ?

S.K : Ce n’est pas le fait d’être représenté qui fait qu’on ne soit pas illégal. Ce sont les conditions pour être représenté qui font que vous êtes légal ou pas. Pour la Commission électorale nationale indépendante (CENI), c’est la même chose. Il y a des représentants de l’opposition à la CENI qui sont inéligibles de par la loi, tandis que ceux qui sont éligibles n’y  sont pas. C’est cela notre problème.

H.A : Pensez-vous qu’un dialogue politique est-il possible à quelques semaines des élections de janvier 2020 ?

S.K : C’est à la CENI qu’il faut poser cette question. Ce n’est ni à moi, ni au gouvernement. C’est elle qui doit organiser des élections. Nous savons qu’il y a une CENI indépendante, il faut lui donner les moyens légaux, matériels et financiers d’organiser les élections. C’est elle qui nous dira qu’elle est son chronogramme avec des moyens dont elle dispose pour nous amener à des élections aux dates convenables. Pour tout le reste, tout tombe dans l’illégalité. La CENI va s’imposer à tous. Je mets au défi quiconque de me dire qu’on peut aller aux élections en janvier 2020. C’est impossible matériellement et financièrement.

H.A : Si le gouvernement force pour aller aux élections en janvier 2020, quelle sera la posture de l’opposition?

S.K : Je ne peux pas le dire à l’avance. Chacun à des intérêts à défendre, même dans l’opposition. Si globalement on pense que le parti au pouvoir fait du forcing pour nous amener à l’abattoir, chacun jugera en son âme et conscience pour y participer ou pas.

H.A : Le gouvernement a rassuré la classe politique des élections législatives et locales libres, transparentes et démocratiques. Y croyez-vous ?

S.K : Non, je n’y crois pas.  Depuis les premières élections jusqu’aux dernières, le régime dirigé par le parti politique MPS a toujours imposé les résultats qui sont les siens. Je pense que c’est de la démagogie. Mais on est là pour le constater.

H.A : Si vous n’y croyez pas, quelle garantie avez-vous en voulant y participer cette fois-ci ?

S.K : Nous sommes en train de nous battre pour qu’il y ait des conditions minimales. Je dis qu’on voudrait avoir un dialogue entre nous les acteurs politiques. Les partenaires  qui nous accompagnent techniquement et financièrement vont, aussi y participer  pour obtenir, peut-être, un bon résultat.  Nous allons nous battre pour qu’il y ait un changement afin d’aller aux élections dans des conditions sérieuses.

H.A : Il y une loi qui ramène le nombre des députés de 188 à 161. Qu’en dites-vous ?

S.K : L’opposition n’est pas d’accord. Il y a un découpage administratif sur lequel  le Président s’est assuré qu’il aura la majorité à l’Assemblée nationale. Il faut comprendre qu’au Tchad,  le département est une circonscription électorale. Nous sommes passés d’environ 80 à 112 départements. Il y a la création d’une quarantaine de départements, ce ne pas pour rien. Vous avez, il y a des départements qui n’ont  même pas 5 000 personnes, mais  qui ont un député, alors que dans les zones peuplées du sud, il y a des départements qui ont plus de 50 000 personnes mais qui ont aussi un député. Ce n’est pas normal. Nous n’avons pas encore fini. Je ne pense pas que le régime en place puisse aller comme ça sans conséquence.

H.A : L’opposition pourrait-elle donc boycotter les prochaines élections ?

S.K : Je ne peux pas le dire. Je ne parle pas au nom des autres. Je parle au nom de mon parti. J’appelle à un dialogue. S’il n’y a pas de dialogue, si les conditions ne sont pas revues ainsi que l’arsenal qui doit nous conduire à l’abattoir, chacun décidera en son âme et conscience  en son temps.

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