Interview : Abel Elimbi Lobe, « Etre conseiller municipal appelle un bon niveau intellectuel, l’amour pour le service public et la maîtrise de la vie publique »

Interview : Abel Elimbi Lobe, « Etre conseiller municipal appelle un bon niveau intellectuel, l’amour pour le service public et la maîtrise de la vie publique »

Le conseiller municipal Abel Elimbi Lobe de Douala 1er © AB/HA

Abel Elimbi Lobe, quinquagénaire, physicien de formation et homme politique camerounais a été plusieurs fois conseiller municipal dans les circonscriptions de la ville de Douala et au sein du Social Democratic Front (SDF), parti d’opposition. Habitué des réalités communales de son pays, il délivre dans cette interview, sa perception du « bon conseiller municipal » et du développement des collectivités territoriales. L’entretien.

 

Propos recueillis par Aurore Bonny

 

Hémicycles d’Afrique : A quoi se réfère le développement communal selon vous ?

Abel Elimbi Lobe : Le développement communal est une technique d’administration d’un pays qui s’impose en fonction de la taille des Etats et la complexité des missions de développement. De ce fait, l’expérience a montré qu’attendre le pouvoir central pour réaliser quoi que ce soit au niveau des communes engendrerait de problèmes locaux et le gouvernement en perdra son efficacité.

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 Pour éviter de telles situations, l’idée de la décentralisation des missions gouvernementales trouve tout son sens. De telle sorte que le Président de la République qui ne peut tout faire, puisse déléguer des administrations locales ayant des compétences pour tout réaliser sur le plan local.

La décentralisation est indispensable aux grands Etats. Même si des opposants estiment que le pouvoir n’accorde pas réellement la main aux collectivités territoriales en leur donnant des missions tout en retenant les moyens de les accomplir.

 HA : Mais quelle est votre vision sur la question ?

A.E.L : Moi, j’adhère à l’école qui refuse d’accuser le gouvernement dans ce contexte. Car il s’est doté des lois et règlements nécessaires le contraignant à s’exécuter. Le problème est celui de la qualité des hommes retrouvés dans les collectivités territoriales. Ces hommes, pour la plupart, ne savent pas utiliser ces outils règlementaires pour obtenir les compétences et moyens dont ils ont besoin.

Par exemple, nous avons constaté que « les mauvais maires », c’est-à-dire ceux qui n’ont pas le savoir nécessaire ni même la compétence intellectuelle nécessaire pour assurer leurs responsabilités, donnent souvent leurs pouvoirs à d’autres autorités telles que les préfets en leur permettant d’agir comme des chefs des conseils municipaux. L’indépendance du conseil municipal subit ainsi la soumission quasi dogmatique de ces maires.

HA : Pour vous, quelles sont les qualités que doit posséder un conseiller municipal ?

A.E.L : Premièrement, il doit être instruit car les problèmes de la société sont complexes et nécessitent de bonnes analyses pour son bon fonctionnement. Il importe d’avoir un niveau intellectuel qui lui permet de bien cerner ces problèmes multiformes. Cependant, même si n’importe qui peut se présenter aux élections, l’exigence des résultats et la nécessité d’avoir la bonne gouvernance locale font que n’importe qui ne doit pas être élu conseiller. Le peuple doit être regardant sur la qualité des hommes qu’il va élire de peur de se retrouver avec « des maires voyous » par exemple. Il faut élire des personnes ayant des prérequis nous permettrons d’avoir des préjugés favorables vis-à-vis d’eux.

Deuxièmement, l’amour pour le service public. Il s’agit d’une qualité indispensable au conseiller municipal. Il y’a des citoyens qui savent s’occuper de leurs affaires personnelles et d’autres qui se soucient de l’intérêt général avant tout. Sachant qu’ils ne peuvent s’occuper de leurs affaires sans le bien-être collectif. D’autres individualistes pensent que dans le mal-être des collectivités, chacun devrait obéir à « la charité bien ordonnée commence par soit même ». Et pourtant la recherche des deux types d’intérêts n’est pas incompatible.

Troisièmement, la maitrise des rouages de la vie publique et de la société est également indispensable. Car il est non seulement capital d’être instruit mais également d’être cultivé afin de pouvoir gérer des problèmes qui, très souvent, ne relèvent pas du domaine de compétences intellectuelles universitaires.

HA : Quels sont les avantages d’être un conseiller municipal ?

A.E.L : Etre conseiller municipal n’a pas d’inconvénients mais plutôt des bienfaits. C’est avoir reçu une certaine dose de confiance des populations ayant voté ta liste électorale de telle sorte que tu sois désigné conseiller. J’ai par exemple été élu conseiller municipal 2 fois. Mais en 2007, ma liste de 61 conseillers n’avait pas reçu suffisamment de voix pour être gagnante. Elle a cependant obtenu 14 sièges parmi lesquels le mien. Cette élection traduit la confiance des électeurs et de la population en général.

A ce sujet les partis politiques doivent s’assurer que les listes présentées aux populations soient suffisamment bien agencées pour bénéficier de la confiance des populations.

HA : Mais lorsqu’un conseiller opte pour la démission, ne bafoue-t-il pas la confiance de ses électeurs ?

A.E.L : Non, car dans mon cas, ma démission est intervenue lorsque le mandat prévu est terminé. Je n’ai pas délaissé une partie de ce mandat en cours. J’ai été élu pour 5 ans jusqu’en octobre 2018. Dans ma conception des choses, il n’y avait pas lieu de le renouveler comme l’a instruit le chef d’Etat, mais plutôt d’organiser de nouvelles élections municipales.

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Le chef de l’Etat à qui la loi et le code électoral donnent le pouvoir de proroger le mandat pour des raisons particulières qui lui sont propres a décidé d’ajouter une année de plus aux conseillers. C’est ce mandat additionnel que j’ai refusé car ne venant pas du peuple. Donc je n’ai pas trahi ce peuple. L’attitude du Président à travers cette prorogation a été une manifestation de la mauvaise gouvernance. Car il n’a pas assumé le calendrier qu’il a lui-même préalablement établi. J’ai renoncé à tous les privilèges de ce mandat. Je regrette que ceux qui s’opposent à lui ne se soient pas opposés à une décision ne servant que ses intérêts et ceux de sa politique et sa stratégie électorale et n’ayant rien à voir avec les intérêts du peuple ni ceux de l’opposition cupide.

 

HA : Envisagez-vous de vous représenter aux prochaines municipales ?

A.E.L : Oui, je serai candidat dans la commune de Douala 1er, dans la circonscription électorale du Wouri centre. Oui, je serai en lice parce que je vois venir dans le pays un certain nombre de problèmes qui vont s’aggraver et doivent être traités au sein de l’Assemblée nationale. A savoir le problème de représentation des populations autochtones. Le droit de ces populations prévu dans la constitution est de plus en plus piétiné dans des agglomérations cosmopolites comme la ville de Douala, accessoirement dans la ville de Yaoundé et d’autres villes où à cause de l’exode rural, ces peuples deviennent minoritaires. Ce fait étant un drive économique et social. L’exode rural n’a aucune vertu. Les villes peuvent s’en passer pour un meilleur fonctionnement.

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