Interview : Alimatou Badarou, « La 8ème législature est bien légitime et saura combler les attentes des Béninois »

Interview : Alimatou Badarou, « La 8ème législature est bien légitime et saura combler les attentes des Béninois »

Alimatou Badarou, députée suppléante du Bloc républicain dans la 15ème circonscription électorale © CellCom A.B/HA

Le Bénin a su conduire à terme son processus électoral avec l’installation de la 8ème législature désormais dirigée par le député Louis Vlavonou. Alimatou Badarou est députée suppléante du Bloc républicain (BR) dans la 15ème circonscription électorale. Ancienne employée de banque, ancienne basketteuse et désormais engagée dans la politique, Alimatou Badarou nous livre, dans cet entretien exclusif, son avis sur le processus électoral ayant permis son élection. Elle évoque également la légitimité de la 8ème législature et ses prochains combats politiques. Entretien.

 

Josaphat Finogbé : Quel regard portez-vous sur le dernier processus électoral ayant permis l’installation de la 8ème législature ?

 Alimatou Badarou : C’est vrai que c’est une législative particulière dans un contexte particulier où il y a eu la réforme du système partisan et qu’on a vu des groupes et partis politiques qui n’ont pas eu la chance de participer à cette élection parce qu’ils sont de l’opposition. Malheureusement, ils n’ont pas pu remplir les conditions pour obtenir leur certificat de conformité. D’autres ont aussi échoué au niveau de la Commission électorale nationale autonome (CENA). Il est vrai que personne ne s’y attendait mais comme force reste à la loi, on a assisté à deux blocs politiques qui ont pu participer à cette compétition électorale. Le scrutin n’a pas enregistré le taux de participation qu’on espérait. Une chose qui est liée aux intimidations des acteurs de l’opposition. Toutefois, on a vu un patriotisme d’une certaine frange de la population qui nous a permis aujourd’hui de valider quand même cette élection législative.

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Pour nous, à partir du moment où le jeu démocratique est respecté, nous pouvons tout de même affirmer que la démocratie est toujours en marche au Bénin contrairement à ce que ventilent certains acteurs politiques.  Cette législature a désormais un challenge, celui de revoir les limites du système partisan afin d’y apporter des corrections en laissant plus d’ouverture pour éviter certains couacs surtout notés au niveau de la CENA.

J.F : Qu’attendez-vous de cette 8ème législature ?

 A.B :Je souhaite vivement que cette législature puisse revoir les textes de la CENA, le code électoral surtout afin de permettre à cette institution de donner un délai aux responsables de partis d’apporter de corrections ou modifications d’ordre technique après dépôt de leur dossier de candidature. C’est ce qui a malheureusement frappé le Parti du renouveau démocratique (PRD), l’Union pour le développement d’un Bénin nouveau (UDBN) et deux autres partis politiques ayant déposé leurs dossiers. La 8ème législature doit alors prendre cette insuffisance du code électoral au sérieux pour empêcher de tels cas lors des prochaines joutes électorales.

J.F : Que retenez-vous de la 7ème législature ?

AB : Le bon souvenir, c’est que cette législature a pu doter le pays d’une nouvelle loi portant charte des partis politiques afin de limiter le nombre pléthorique de partis politiques enregistrés au Bénin. Ce qui a permis d’amortir collectivement les charges au sein des blocs. Ce qui a considérablement réduit des dépenses excessives qu’on constatait lors des campagnes électorales dans le pays. Avec cette réforme, on a pu stopper les marchandages, les chantages politiques et autres pratiques qui ne profitaient qu’aux responsables politiques qui n’ont souvent pas une bonne base électorale. Un assainissement politique a été fait et c’est un grand point positif. Autre avantage de cette réforme, c’est que des jeunes ont été beaucoup plus représentés.

Le point négatif que nous avons pu noter, c’est la réticence des populations. Ceci, parce que l’opposition avait semé un climat de peur et de terreur mettant en doute ces concitoyens qui n’ont plus compris ce qui se passait au fond. Il nous fallait donc nous rapprocher plus de la population pour lui expliquer ce qui se passe réellement afin de la rassurer. Mais ce climat nous a permis de sensibiliser cette population et de lui inculquer la vraie notion du militantisme au sein d’un parti politique.

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En un mot, je peux vous affirmer que la 7ème législature dirigée par Me Adrien Houngbédji a été très satisfaisante. Vous savez, ils ont osé voter des lois très pertinentes et qui ont changé le cours de la vie politique dans le pays. Ils sont donc à féliciter.

J.F : Comment appréciez-vous le nouveau bureau de la 8ème législature ?

 A.B : Ce bureau a carrément surpris tout le monde. Et pour la toute première fois dans l’histoire de notre parlement béninois, on a vu une femme hissée au plus haut niveau dans le bureau. On aurait aimé plus mais avoir une femme au poste de 1ère vice-présidence de l’Assemblée nationale du Bénin, c’est déjà un grand pas très positif. Aussi, remarque-t-on la présence des anciens biens expérimentés dans ce bureau. Avec leurs bagages concernant les pratiques parlementaires, nous espérons qu’ils sauront mettre en avant leurs acquis pour étonner positivement le peuple béninois. Le bureau doit donc conduire cette législature à voter des lois de développement, des lois pouvant impacter positivement le quotidien du Béninois.

J.F : D’aucuns affirment que cette législature n’est pas légitime. Qu’en dites-vous ?

A.B : Comment ça ? Je voudrais ici signaler que nous sommes bien légitimes et que nous représentons le peuple béninois au sein de ce parlement. Nous sommes légitimes d’autant plus que les textes de la République ont été respectés, y compris l’ordre constitutionnel. Ils le disent compte tenu du taux de participation à ce scrutin législatif, mais je crois que force devrait rester à la loi afin qu’on finisse avec ces « plaisanteries politiques ». Tout comme les autres législatures, la 8ème mérite respect et considération puisque mandatée par le même peuple.

J.F : N’auriez-vous pas aimé voir à la tête du parlement une femme comme c’est le cas au Togo, au Rwanda, en RD Congo et autres ?

A.B : Tout à fait, mais je crois que le Bénin a relevé le défi en essayant de porter au poste de 1er vice-président, une femme. C’est une première dans le pays. Pour l’heure, on s’en contente car un tient vaut mieux que deux, tu l’auras.

J.F : Etes-vous fière de la représentativité actuelle des femmes à l’Assemblée nationale ?

A.B : En général, il faut déplorer ce nombre réduit des femmes pour cette mandature. Le nombre a certes chuté mais je tiens à saluer les efforts des responsables de ma formation politique, Bloc républicain, qui se sont employés à promouvoir la gente féminine avec de bons positionnement sur la liste électorale. Et sur les six (6) élues au départ, le Bloc républicain en dispose cinq (5). Il aurait fallu la démission du député Sacca Alafia avant que la deuxième femme de l’Union progressiste ne vienne au parlement avec le poste de 1er vice-président de l’Assemblée nationale.

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Sur ce plan, je m’en prends aux partis politiques qui n’ont pas fait assez pour promouvoir la femme. Les textes internationaux recommandent vivement 30% de représentativité des femmes et des jeunes dans les instances. Il est vrai qu’un travail a été fait au niveau de notre formation politique, mais je me rends malheureusement compte que les vieilles habitudes continuent d’avoir droit de cité. Je me suis rendue compte qu’il existe toujours des jeux de couloirs et le « parrainage politique »  n’a pas totalement disparu malgré les réformes engagées. C’est avec étonnement que nous avons constaté qu’on continue de faire des positionnements compte tenu des affinités écartant, dans le cas général, les compétences. Si on devrait tenir compte systématiquement des compétences, il y aurait plus de femmes car elles sont de plus en plus engagées en politiques et disposent d’ailleurs de bagages intellectuels nécessaires pour le job. Je voudrais donc attirer l’attention de la communauté internationale sur ce phénomène lié à l’égo de l’homme béninois qui continue de considérer la femme comme une « chose ». Les textes existent certes, mais il faut une nouvelle éducation de la société puisque l’homme béninois ne grandit pas alors que la femme a grandi et est désormais une femme émancipée. A compétences égales, on a du mal à comprendre pourquoi on ne peut pas promouvoir la femme.

Personnellement, je me suis battue, par mon charisme, mes compétences afin d’être mieux positionnée. Mais hélas, j’ai été surprise moi-même, malgré tous ces efforts, de me retrouver suppléante tête de liste dans la 15ème circonscription électorale.

J.F : Votre titulaire pourrait démissionner selon les rumeurs. Ne serait-ce pas trop tôt d’exprimer ce regret ?

A.B : C’est vrai que je suis un peu déçue, mais l’essentiel est le contact que je garde avec les militants à la base. Remplacer mon titulaire, ce n’est plus trop la préoccupation. Je continue juste mon combat politique. Je continue de développer ma vision avec les militants. Je me bats pour participer au développement de mon pays tant que je le peux. C’était une première et belle expérience politique. Ce n’est donc que le début et le temps nous favorisera puisque 2023 est déjà à notre porte.

J.F : Désormais engagée, quels seront vos prochains combats politiques ?

A.B : Mon grand combat politique reste l’obtention de mon siège au sein du parlement béninois. Puisque l’échéance de 2019 ne nous a pas permis de siéger, nous envisageons 2023 pour la 9ème législature. Mon rêve était de faire partie de cette 8ème législature, mais voilà. Nous avions de bons projets de société surtout concernant les allocations familiales pour des foyers monoparentaux et l’encadrement, par une loi, des coopératives scolaires pour mieux développer le vivre ensemble au sein des plus jeunes.

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D’aucuns me demandent si je serai en lice pour les communales et locales en 2020. Là-dessus, je réponds systématiquement non. Non, parce que je ne compte pas rivaliser avec les coordonnateurs et collaborateurs qui ont véritablement milité à la base pour le score électoral que nous avons réalisé. Eux aussi, ambitionnent des postes politiques et ce sont les communales et locales qui les intéressent. Et vous savez bien que ces élections locales constituent une autre réalité, donc, je ne compte pas m’y aventurier.

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