Interview : Boubacar Gado Idi, « Les parlementaires doivent travailler pour réduire le fossé entre l’élite et le peuple »

Interview : Boubacar Gado Idi, « Les parlementaires doivent travailler pour réduire le fossé entre l’élite et le peuple »

Boubacar Gado IDI, SG de l'Union Parlementaire Africaine (UPA) © Joachim Batao/ HA

Le nigérien Boubacar Gado Idi est l’actuel Secrétaire général de l’Union Parlementaire Africaine (UPA). Il occupe ce poste depuis le 3 janvier 2019 à la suite de la dernière session de l’UPA tenue à Abuja au Nigeria. Dans cet entretien à nous accordé le 27 avril dernier, le SG donne son avis sur le maintien de certains Présidents de la République au pouvoir, sur la question du franc CFA et le rôle de son institution sur le continent. L’interview.

 

Propos recueillis par Joachim Batao

Joachim Batao : Parlez-nous de l’Union Parlementaire Africaine (UPA)

Boubacar Gado Idi: L’UPA est une organisation interparlementaire continentale créée à Abidjan le 13 février 1976 sous le leadership des Assemblées nationales du Maroc et de la Côte d’Ivoire. Elle est présidée par le président de l’Assemblée Nationale du Burkina Faso, son excellence Alassane Bala Sakande. Nous tenons deux sessions par an, à savoir la session du comité exécutif et la Conférence des Assemblées.

L’objectif de l’UPA est de faire en sorte que nos parlements se rapprochent, échangent et partagent leurs expériences afin de parler d’une même voix. Elle contribue au renforcement de l’institution parlementaire en Afrique, à la promotion de la démocratie et de la paix. Elle compte officiellement 40 parlements nationaux.

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JB: Quelle place occupe l’UPA sur le plan international ?

BGI: Nous avons de grands enjeux et défis sur le continent et qui obligent nos parlements à parler d’une même voix, adopter une position unique.

Sur la scène internationale, l’UPA joue un rôle important à travers l’Union Interparlementaire, qui est pratiquement comme l’Organisation des Nations Unies (ONU) des parlements dans le monde. Au sein de l’Union Interparlementaire, l’UPA joue le rôle de coordonnateur du groupe africain et cela est un élément très important.

JB: La question du Franc CFA fait débat depuis un temps sur le continent. Quelle est la position de l’UPA ?

BGI: J’avoue que c’est une question très délicate. Je ne peux pas, en ma qualité de SG, répondre en lieu et place des parlementaires. Mais je peux dire que, c’est une question qu’on n’a pas encore étudiée, sachez que cette question sera bientôt l’un des thèmes d’une des sessions à venir.

Il y a des positions tranchées sur la question, mais moi, ce que je peux dire, et qui n’engage que moi, c’est que le francs CFA doit nécessairement connaître des reformes. Sur ce point, il n’y a pas de doute, il faut reformer cette monnaie, car elle contient des aspects qui sont dépassés et qu’il faudra certainement revoir. On peut le faire sans peut-être remettre en cause totalement la relation avec la France et avec l’Europe, mais il y a des réformes clefs qu’il est bon de mener pour que nos pays aient plus de liberté dans l’utilisation de cette monnaie. Ces reformes sont nécessaires.

JB: Quelles sont les actions que mène l’UPA en matière de démocratie et d’intégration des peuples sur le continent ?

BGI: L’UPA est un cadre privilégié du dialogue parlementaire. A ce titre, nos actions d’intégration se traduisent par le fait que les présidents de parlements et des parlementaires de différents pays se retrouvent et se parlent. Sur ce point, il y a beaucoup de choses qui ont été faites. Aussi, au cours de nos différentes sessions, nous choisissons des thèmes qui tournent autour de la démocratie, des droits de l’homme, de l’intégration etc.

Par exemple, l’un des sujets que nous avons abordé à la Conférence de Ouagadougou a porté justement sur la situation politique dans l’espace francophone. Chaque pays en a profité pour évoquer la situation nationale de son pays.

Ces valeurs là, elles sont cardinales au sein de nos parlements. C’est pourquoi, lors des rencontres, les points de vue pour l’amélioration de la situation et des relations entre les pays sont pris en compte soit à travers des résolutions, des déclarations ou recommandations.

L’UPA se préoccupe permanemment des questions de démocratie et d’intégration dans notre espace communautaire. C’est pourquoi ses résolutions sont fortement orientées vers ses valeurs et elle fait en sorte que ses valeurs s’enracinent et s’approfondissent davantage dans nos pays.

Je puis vous signaler que beaucoup d’actions ont été posées dans ces domaines, et cela depuis l’avènement des conférences nationales jusqu’à nos jours. Aujourd’hui, on ne peut nier qu’en Afrique il y a beaucoup de progrès en matière de démocratie. Toutefois, je reconnais qu’il y a encore des zones d’ombres, car nos élections ne sont toujours pas transparentes.

Souvent des candidats sont éliminés avant même que la course ne commence, il y a des aspects qu’il faut encore améliorer. Mais retenons qu’il y a des avancées et il faut poursuivre le processus afin d’installer définitivement nos démocraties sur des bases très solides et qui résistent aux personnes et aux temps.

JB: Que fait l’UPA pour une alternance au sommet des Etats africains ?

BGI: C’est une importante question, mais je ne peux que donner un point de vue personnel sur cette question. Les Présidents qui se maintiennent au pouvoir ? Tout dépend ! Un Président qui travaille bien, qui se soucie des problèmes de son peuple et qui fait en sorte qu’à chaque élection il est reconduit, je ne vois pas pourquoi vous voulez que le peuple s’en débarrasse.

Par contre, quand il y a un hiatus entre le peuple et son président, là, il y a problème. D’ailleurs l’une des questions que nous allons proposer à nos prochaines sessions c’est comment faire en sorte que la paix et la stabilité règnent dans nos différents pays notamment par rapport à cette question de démocratie.

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Il faut que les parlementaires qui sont les représentants des peuples puissent faire en sorte que les aspirations des peuples soient prises en compte et travailler à réduire le fossé entre l’élite et le peuple.

Toutefois, il est évident qu’après un certains nombres d’années ça risque d’être la routine. Mais, ce sont des questions qu’il faut régler par des élections, mais des élections transparentes. En France ou ailleurs, quand le peuple ne veut pas de son Président, ce n’est pas par un coup d’Etat qu’on l’expédie, non. On l’attend aux prochaines élections et les gens lui tournent le dos.

JB: Il arrive que certains parlements contribuent au maintien au pouvoir de Présidents qui ne répond pas aux aspirations du peuple.

BGI: Vous savez, la démocratie c’est une lutte continue. Effectivement il y a des cas où certains Présidents utilisent les Assemblées nationales pour se maintenir au pouvoir. Mais ce sont des cas qui se comptent. Je pense que les prochaines décennies, ces phénomènes vont disparaître. La meilleure manière de renforcer nos démocraties, ce sont des élections transparentes.

JB: Quel regard portez-vous sur la jeunesse africaine ?

BGI: La transition générationnelle est une nécessité. Il y a beaucoup de jeunes en Afrique qui sont en train d’émerger et ne peuvent pas comprendre que certains Présidents s’éternisent au pouvoir. C’est une situation à laquelle il faut faire face et régler.

Toutefois, il faut que notre jeunesse soit citoyenne. Il faut qu’elle soit porteuse de certaines valeurs. Le problème, quand on voit ce qui se passe, on a l’impression qu’on a une jeunesse impatiente, qui veut s’enrichir tout de suite. Il faut que la jeunesse mette en avant le travail bien fait. Quand on voit les migrants africains qui perdent la vie dans les océans, on a mal.

JB: Qu’en est-il du quota genre au sein de votre Union ?

BGI: Les textes actuels obligent la présence d’au moins une femme dans toutes les délégations de l’UPA. Nous envisageons que la parité soit établie au niveau des différentes délégations c’est-à-dire, s’il y a 6 personnes que les 3 soient des femmes.

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En plus de cela, nous envisageons aussi qu’il ait un jeune parlementaire dans toutes les délégations. Nous souhaitons à l’issue créer au sein de l’UPA un réseau de jeune parlementaire. De nos jours, nous avons environs une vingtaine de femmes sur 120 députés que compte l’UPA. La proportion est très faible, mais avec l’adoption des nouveaux textes, on aura plus de femmes. Il y a déjà un comité parlementaire des femmes de l’UPA et c’est une avancée dans ce domaine.

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