Petit fils de Modibo Keïta (premier président du Mali), fils de Dékamo Kamara Mamadou, actuel ambassadeur du Congo en Allemagne, Hilley Bandhiougou Kamara à la politique dans les gènes. Né à Brazzaville il y’a tout juste 40 ans, d’un père congolo-malien et d’une mère congolaise, cet acteur actif de la Force montante congolaise (FMC) milite au Parti congolais du travail (PCT, au pouvoir) depuis 2002. Député suppléant de la deuxième circonscription d’Impfondo, il passe au peigne fin le fonctionnement de sa formation politique depuis quelque temps sur les réseaux sociaux. Sa préoccupation principale, l’implication effective de la jeunesse dans la vie du parti et celle du pays. Nous l’avons rencontré à Paris.  

 

 Propos recueillis par Prince Bafouolo

Hémicycles d’Afrique : Le 18 décembre 2018 sur votre page Facebook, vous dénonciez des pratiques peu favorables à l’épanouissement de la jeunesse au sein de votre parti. Etes-vous fâchés contre les responsables ?

 Hilley Bandhiougou Kamara : Je suis juste exaspéré face à un système rétrograde qui ne prend pas en compte le positionnement de sa jeunesse. Mais je reste cependant optimiste à condition que le parti accepte la contradiction et les courants d’idées. Remarquez par exemple qu’aux dernières élections législatives et locales, seuls deux (2) jeunes ont été élus suppléants avec une majorité de plus de 90 députés, soit 2,22%; 4 jeunes sur 90 députés titulaires, soit 4,44%; 29 jeunes sur 450 élus locaux, soit 6,40% ;

HA : Comment expliquez-vous cette faible représentation ?

HBK : Le parti subit depuis quelques temps, l’égocentrisme de certains baobabs qui profitent de chaque initiative des jeunes pour faire des remontrances sur des bases parfois fantaisistes. C’est le cas du camarade député Ibam Gambili Exaucé, porteur du projet « le Congo que nous voulons ». Cette initiative n’était pourtant qu’un relai pour mieux adapter le projet de société du chef de l’Etat sur les attentes actuelles du peuple. Plutôt que de soutenir une telle initiative, ce dernier a été combattu à tort. Le camarade Hugues Ngouelondele en a aussi fait les frais. Tout cela est juste inacceptable parce que la pensée unique ne cadre plus avec les exigences du nouveau monde. Ce dernier bouge et le PCT doit aussi bouger avec lui.

HA : l’initiative « le Congo que nous voulons » a été appuyée par le livre « Ce que je crois » de l’honorable Denis Christel Sassou Nguesso qui ressemble à un programme de société, d’où les soupçons d’une pré-campagne pour la présidentielle de 2021. Pour certains responsables du PCT, de tels projets qui n’ont pas l’assentiment du parti frisent  l’indiscipline…

HBK : L’initiative « le Congo que nous voulons » a été combattue à tort. Et c’est très regrettable car une fois encore, ce sont les jeunes qui sont malmenés et étouffés. Cette démarche de l’honorable Ibam Exaucé avait pour but de prendre le pouls des réelles attentes de la population afin de les soumettre au président de la République. Comment peut-on vouloir faire croire aux gens que ceux qui ont été des porte-paroles du candidat Dénis Sassou N’Guesso et de son programme de société se mettront en intelligence pour combattre ce qu’ils ont défendus corps et âme ? Soyons parfois sérieux. La véritable question est de savoir pourquoi le camarade Dénis Christel dérange. Je préfère en rire car à nos yeux, il représente l’avenir et nous soutiendrons toujours les activités nobles qu’il entreprend. Pour moi, il n’a pas fait preuve d’indiscipline mais plutôt de vision différente de ce que doit être le Congo.

HA : Vous dites je cite « nous sommes ceux-là qui ont fièrement été le fer de lance de la campagne référendaire et de la campagne présidentielle… nos revendications légitimes font toujours l’objet d’un rejet systématique de notre hiérarchie. Il faut que ça change ». Est-ce le coup de gueule d’un militant qui s’attendait à un poste ?

HBK : Vous savez bien que tout travail mérite salaire. Mais s’agissant de moi, la réponse est non. Ma sortie sur les réseaux sociaux est en fait un cri de gueule des jeunes de toutes les sensibilités politiques, sans voix. Pour preuve, j’ai eu le soutien notamment de Marc Alain Manto, l’un des jeunes soutiens du candidat malheureux à la présidentielle, le général Jean Marie Michel Mokoko, celui des jeunes de L’AJRMP présidé par Bonaventure Ndinga Boussana. Nous avons eu l’agréable surprise de voir aussi Marc Mapingou, porte-parole et représentant du général Mokoko joindre sa voix à la nôtre pour que la représentativité des jeunes dans les instances de décisions et le rajeunissement de la classe politique ne soient pas seulement le combat des jeunes du PCT, mais plutôt celui de toute la jeunesse congolaise.

 HA : « Le PCT d’antan était le laboratoire de la promotion de sa jeunesse. Aujourd’hui, nous assistons à la mise en terre de celle-ci » aviez-vous affirmé dans votre tribune. N’est-ce pas trop exagéré ?

HBK : Non, pas du tout. Observez les cadres des années 70 du PCT et ceux d’aujourd’hui. Le parti a cessé de faire la promotion de sa jeunesse après la vague des camarades Okombi Salissa et autres. Malheureusement au PCT, nous avons l’impression que nous sommes jeunes jusqu’à 50 ans. Le parti devrait avoir peur pour cette jeunesse. Pour exemple, regardez le taux élevé de chômage au niveau des cadres de la Force montante congolaise. Nous souhaitons tant revoir notre glorieux parti redevenir celui qui nous faisait rêver de par sa grandeur et sa capacité à impacter la vie sociale et politique des congolais.

HA : Le signal n’est-il pas assez fort pour vous, avec les jeunes qui sont aux affaires ?

HBK : Le signal était très fort mais nous connaissons tous la suite. Le chef de l’état est un ami et allié de la jeunesse. Nous savons qu’il peut faire mieux. Notre revendication est fondée mais certains la perçoivent comme une défiance et une indiscipline. Je suis un militant respectueux mais je suis des personnes qui estiment que de la contradiction jaillit la lumière. Le parti devrait encourager les courants d’idées et non les combattre.

HA : Vous qui êtes souvent en Europe, Quel regard portez-vous sur la diaspora congolaise ici et de façon générale

HBK : Aujourd’hui, diaspora rime avec opposition dans la tête de certains acteurs politiques. C’est une erreur de ne pas vouloir entendre les cris de cœur de nos concitoyens vivant à l’extérieur du pays. Notre diaspora a son mot à dire dans la gestion de la chose publique. Elle aspire aussi à prendre part au développement du Congo. Le manque de politique incitative au retour de notre diaspora est un manque à gagner pour les challenges de notre nation. Le ministre des affaires étrangères que je félicite en passant pour son travail sur le rayonnement du Congo sur le plan international devrait peut-être faire la proposition au chef de l’État sur la mise en place d’un secrétaire d’État chargé des congolais de l’étranger ou sur la création d’un conseil chargé de la diaspora qui sera exclusivement en charge de nos compatriotes qui vivent à l’étranger. La diaspora est un véritable levier pour le développement du Congo par sa formation et sa richesse multiculturelle et la mise en place d’un secrétaire d’État chargé des congolais de l’étranger ou la création du Haut Conseil des congolais de l’étranger est une évidence et d’une grande nécessité.

 

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