Son pays le Congo, la politique, ses modèles, son défunt père, sa vision, son actualité… tour d’horizon avec Marc-Aurèle Ganao-Ngassebe. Suppléant du député et ministre Josué Rodrigue Ngouonimba de l’Union des forces démocratiques (UFD), il siège à l’Assemblée nationale depuis octobre 2017. Fils de l’ancien premier ministre David Charles Ganao (1996-1997), Marc-Aurèle Ganao-Ngassebe a été formé en génie industriel à l’université de la Virginie Occidentale (West Virginia University – WVU) aux États unis. Cadre dans une compagnie pharmaceutique anglo-saxonne, il décide de tout raccrocher en 2017 pour rentrer dans son Congo natal. Interview d’un technocrate féru de politique.

 Propos recueillis par Prince Bafouolo

 Hémicycles d’Afrique : Chez les Ganao, la politique se transmet de père en fils ?

 Marc-Aurèle Ganao-Ngassebe : La politique a toujours été une passion pour moi. Dès mon jeune âge, je m’y intéressais déjà et je ne manquais jamais une émission politique à la télévision. Parmi mes émissions préférées, « l’heure de vérité », présentée par François-Henri de Virieu sur Antenne 2 puis France 2 tous les dimanches. L’un des invités qui m’a le plus inspiré sur cette émission fut le défunt président Français François Mitterrand avec des formules propre à lui. Je m’amusais à noter dans un calepin, ces différentes citations dont je me souviens encore aujourd’hui. Par exemple : « Pourquoi sommes nous là, si ce n’est pour servir la France ». S’adressant à Jacques Chirac avant sa toute première entrée au gouvernement, il lui dit un jour : « vous allez avoir un petit strapontin au gouvernement, mais ne vous prenez jamais pour un ministre ». J’ai aussi été influencé par des personnalités tels Martin Luther King, John Fitzgerald Kennedy, Barack Obama, Nelson Mandela, Thomas Sankara, Léopold Sedar Sengor et bien d’autres. Mais la plus grande inspiration a été, et demeure toujours mon père, même s’il n’est plus physiquement parmi nous. Il m’a transmis l’amour de la patrie et très certainement l’amour de Djambala où il repose désormais et dont j’ai aujourd’hui la lourde charge de représenter à l’Assemblée nationale congolaise. Mon père aimait bien dire que « tout est politique et que si l’on ne faisait pas de politique, la politique nous fera ». Il voulait dire par là que les décisions politiques affectent toute la société. Alors soit on peut avoir une influence sur ces décisions soit nous les subissons sans se plaindre que nous les aimions ou pas.

H.A : Vous êtes donc entré en politique pour avoir une influence sur les décisions ?

M.A.G.N : Je suis entré en politique pour faire une différence dans la vie de nos concitoyens à quelque niveau que ce soit. J’aime mon pays et je veux qu’il continue de s’améliorer et de se développer. J’ose croire que je peux apporter ma modeste contribution comme le disait le défunt président Kennedy lors de sa fameuse adresse à Berlin « Ask not what your country can do for you ! Ask what you can do for your country » entendez « ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, demandez plutôt ce que vous pouvez faire pour votre pays ». A eux seuls, ces propos résument mon engagement politique.

H.A : Vous évoquiez plus haut votre défunt père, qu’on appelait communément le patriarche. Que retenez-vous de lui ?

M.A.G.N : notre défunt père était une personne dont la simplicité m’a toujours épaté. Il a occupé des postes de responsabilité au niveau politique (plusieurs fois ministre de la République), et diplomatique notamment au sein de l’Organisation des nations unies. Il a côtoyé les grands dirigeants de ce monde : le président Charles De Gaulle, le Roi Hassan II, le maire d’Atlanta Andrew Young, le président Omar Bongo Ondimba qui fut son ami personnel, le président Mobutu qui l’appelait affectivement « koulountou » (ainé en langue Lingala, Ndlr), le président Denis Sassou N’guesso dont il était le témoin de mariage, les présidents Kwame Nkrumah du Ghana, Haïlé Sélassié de l’Ethiopie, l’Empereur Jean Bedel Bokassa de la Centrafrique, et bien d’autres…Pourtant il n’a jamais oublié ses origines. Il était d’une simplicité remarquable. Fils de dignitaire Batéké, son père s’opposait à ce qu’il aille à « l’école des blancs ». C’est sa grande sœur, Anlya Marie, surnommée « la française » pour sa maîtrise de la langue de Molière, qui l’emmena à l’école. Originaire de Djambala, il aimait profondément cette terre, sa culture, son riche folklore, et la Royauté Batéké. A l’avenir, j’aimerai honorer cet aspect de sa personne à travers un musée de la culture Batéké qui sera bien entendu établi sur ses terres à Djambala. Je garde de lui des valeurs tels le respect des anciens, la considération pour tous, un très grand amour pour son pays. Il aimait bien recevoir des personnes de différents horizons mais traiter tout le monde de la même manière, quelque soit leur rang social. Aujourd’hui, j’entends encore sa voix dire : « parfois, j’oublie que j’ai été ministre…»

H.A : Qu’est-ce qui vous a positivement ou négativement marqué depuis votre arrivée à l’Assemblée nationale ?

M.A.G.N : La qualité des débats que nous avons en commission est probablement l’aspect le plus positif que je retiens de cette toute première année d’exercice. Quant aux aspects négatifs il y’a la lourdeur de l’administration qui n’est pas spécialement inhérente au parlement congolais. Cela est probablement dû au fait que je sois habitué au rythme de travail anglo-saxon et non francophone.

H.A : Vous faites parties des technocrates qui sont arrivés à l’Assemblée nationale en 2017. Pensez-vous qu’un hémicycle avec des technocrates change la donne ? Un avantage pour le parlement congolais?

Je pense qu’un parlement a besoin de technocrates mais aussi des politiciens. Tous deux apportent des visions différentes qui, si elles sont bien gérées, peuvent être complémentaires pour le bien de la nation. Est-ce un avantage pour l’hémicycle congolais ? Je réponds oui, mais encore une fois, à condition d’avoir la symbiose que je viens d évoquer.

H.A : Une proposition de loi en vue ?

M.A.G.N : Nous sommes, mes collaborateurs et moi, effectivement en pleine réflexion sur une proposition de loi à caractère économique qui serait bénéfique aux entreprises congolaises, à la formation des jeunes, et au développement du « made in Congo ». Vous me permettrez de ne pas en dire plus car les études ne sont pas achevées.

 H.A : Vous sortez d’un séjour de travail à Djambala centre, votre circonscription…

M.A.G.N : Oui, l’objet de cette visite était de se rendre compte de la reprise effective des classes, car la rentrée scolaire a eu lieu sur toute l’étendue du territoire national le 1er Octobre dernier. Nous y avons tenu des opérations de salubrité dans les écoles, pour améliorer le cadre d’apprentissage de nos enfants. Nous avons également dévoilé deux effigies de personnalités natives de Djambala dans les écoles qui portent leurs noms. Il s’agit de Son Excellence David Charles Ganao au Lycée et de Mboula Ngatsebe à l’école Primaire. Nous avons également fait un don de matériels scolaires à la direction départementale de l’enseignement primaire et secondaire. Ce don sera distribué dans les écoles de la circonscription. Ceci est notre contribution à l’éducation de nos enfants de Djambala Centre. Au delà de ces activités, nous avons également fait un don de brouettes à une centaine de femmes agricultrices pour les aider et les encourager. Nous avons planté de la citronnelle au bord d’un centre d’évacuation d’eau qui est un nid à moustiques, la citronnelle ayant cette faculté naturelle de repousser les moustiques. Ce fut une visite pleine d’activités auxquelles il faut ajouter les rencontres avec entre autres des personnes du 3ème âge, des bénévoles et des responsables de l’éducation.

H.A : Quel projet pour Djambala ?

M.A.G.N : Avant de parler de projets, il sied de rappeler le véritable rôle du député qui est celui de servir de croix de transmission entre ses mandants et l’Etat. A ce titre nos principaux projets devraient se baser sur l’attribution équitable des ressources de l’état non seulement en moyens financiers pour le fonctionnement de la ville mais aussi à l’investissement judicieux que devrait faire l’état dans les circonscriptions sous l’impulsion des représentants du peuple que nous sommes. Ceci dit, nous devons être réalistes surtout pendant cette période de crise qui affecte pas seulement le Congo mais plusieurs pays dont la ressource principale est l’or noir. C’est ainsi que nous avons des projets multiples et variés. Tous concourent à l’amélioration de l’économie, l’éducation, et la santé. Nous souhaitons par exemple redynamiser l’agriculture locale, promouvoir la création de petites ou moyennes structures de transformation des produits agricoles sur place pour créer de l’emploi, de la valeur ajoutée, et bien sûr renforcer le tissu économique. Rendre nos écoles encore plus performantes qu’elles ne le sont déjà avec la multiplication des ressources telles que des bibliothèques et des centres de formations technologiques. Nous ne ferons pas tous ces projets seuls. Nous aurons besoin de l’appui de tous les ressortissants de Djambala Centre à travers le monde et des organismes internationaux qui travaillent dans ses secteurs. Comme nous avons l’habitude de le dire, seul le député ne peut rien mais avec l’aide de tous nous pouvons et avons le devoir de transformer cette belle ville qu’est Djambala. Mon ambition secrète est de renverser les mouvements de l’exode rural, car il fait bon vivre à Djambala.

©Marc-Aurèle Ganao-Ngassebe

 

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