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Interview : Salfo Théodore Ouédraogo, doyen des députés burkinabè

Chef coutumier et député, Salfo Théodore Ouédraogo, élu sous la bannière du Rassemblement pour la démocratie et le socialisme (RDS), a traversé toutes les 7 législatures que connait le Burkina Faso depuis les premières élections de 1970. Son expérience, son poids dans la société, ses rapports avec les populations, le doyen des parlementaires se livre sans détour.

Hémicycles d’Afrique : Vous êtes Chef coutumier, qu’est-ce qui a bien pu vous conduire en politique ?

Salfo Théodore Ouédraogo : En tant que Chef coutumier, vous avez un monde qui tourne autour de vous. Vous êtes la cible de tous les hommes politiques qui viennent vous présenter leur programme et demander votre soutien. Si vous ne choisissez pas un, chacun vous accuse d’être de mèche avec son adversaire. C’est ainsi qu’aux élections de 1970, je venais d’être nommé Dima de Boussouma, tous les partis politiques se sont présentés à moi pour demander de militer. Et comme mon père fut député du Rassemblement démocratique africain, tout naturellement j’ai continué sur cette voie.

HA : Quelle appréciation faites-vous de la 7e législature par rapport à celles d’avant ?

STO : En 1970 à l’Assemblée nationale, il y’avait 57 députés et aujourd’hui il y’en a 127. A l’époque le débat était simple, franc. Il n’y avait pas de peur, c’était pratiquement la démocratie intégrale, puisque c’était avant les différents coups d’Etat. Les militaires n’étaient pas trop mêlés à la politique donc les choses allaient normalement et les élections se passaient sans problème. Il n’y avait jamais eu de morts politiques, les gens étaient à l’aise pour s’exprimer à l’hémicycle.

HA : Est-ce qu’il arrive parfois qu’on recourt à votre expérience ?

STO : Que ce soit le parti politique, que ce soit le groupe parlementaire organisé à l’intérieur de l’Assemblée pour travailler, que ce soit au niveau des commissions techniques de travail, chacun de nous donne ce qu’il peut donner et à ce niveau c’est certain que des fois mon expérience peut servir.

HA : Quel est votre secret pour être justement réélu à chaque mandat depuis la 1re législature ?

STO : Vous le savez très bien. Je vous ai dit que je suis un Chef coutumier, j’ai un bonnet coutumier, je suis rassembleur par essence et c’est même pour cela que les hommes politiques sont obligés de passer par nous pour essayer de réussir en politique. Il n’y a pas un homme politique parmi les anciens qui n’est pas passé sous le couvert du Dima, des chefs pour réussir à se faire élire. Personnes ne pouvait avoir directement les populations sans passer par nous. Vous voyez que l’organisation ‘’mossi’’ s’étend partout. Donc cela n’est pas un secret. Je suis chef, j’ai un territoire, je veux être député, il s’agit des suffrages des populations, à moins de faire de grosses erreurs, la population se sent obligée de me soutenir.

HA : Quelles sont vos relations avec les populations à la base ?

STO : Je suis le Chef coutumier ; par définition, je suis un roi, un Dima respecté et respectable. C’est parce que la population veut bien que nous continuions à être là que nous y sommes. Des régimes ont essayé de supprimer les Chefs coutumiers, en vain. On n’a jamais pris le fusil pour créer de royaume, pour arrêter les limites et autres…

HA : Pouvez-vous nous parler de vos apports au développement de votre circonscription et du Burkina Faso en général?

STO : Le rôle principal de l’Assemblée nationale consiste à voter les lois, à consentir l’impôt et à contrôler l’action du gouvernement. Le bâtisseur c’est le gouvernement qui a un rôle de conduire l’économie du pays, de nouer des relations extérieures. Nous, nous votons les lois mais en tant que député, je ne construis pas des hôpitaux ni des écoles.

HA : Parlant justement du rôle de l’Assemblée nationale, avez-vous déjà fait voter une loi depuis votre arrivée à l’hémicycle ?

STO : Je n’en ai pas proposé personnellement. Je vois très peu de députés qui l’ont fait d’ailleurs. D’une manière générale en Afrique et particulière au Burkina Faso, il y’a beaucoup plus de projets de loi qui nous viennent du gouvernement pour être discutés à l’Assemblée nationale au niveau des commissions d’abord et ensuite en plénières pour être votés et devenir une loi que le gouvernement doit appliquer.

HA : Vous êtes Chef coutumier et député. Comment parvenez-vous à concilier les deux fonctions, d’autant que l’un est impartial et l’autre partial ?

STO : C’est deux choses qui se complètent, elles ne se contredisent pas. On dit que trop de viande ne gâte pas la sauce donc trop de pouvoir pour servir le peuple ne gâte rien. Quand on peut régler des situations directement sur le plan coutumier on le fait, mais s’il faut quelque fois la hache pour pouvoir couper l’arbre qui résiste, on utilise le pouvoir politique de temps en temps. Là où le chef ne peut pas parvenir, le politique peut y aller et vice versa. C’est une chance pour ma population d’avoir un Chef à la fois politique et coutumier. Mais c’est emmerdant pour les Hommes politiques parce que vos concurrents pensent que vous prenez toujours la part belle et ceux qui ne sont pas des Chefs ont des difficultés. Ils souhaiteraient donc que les chefs ne fassent pas la politique mais c’est difficile d’interdire aux Chefs qui sont des citoyens comme tout le monde de faire la politique.

HA : Plus de 40 ans de vie politique, pensez-vous à une retraite ?

STO : Il n’y a pas de débat, on est obligé d’aller à la retraite. Personnellement, je me sens fatigué mais on ne le dit pas pour éviter de créer des situations irréversibles et incontrôlables. Sinon, il faut bien qu’il y’ait la relève et moi j’en ai. Je ne travaille pas seul. Ce sont les gens autour de moi qui travaillent donc chez moi ça ne pose pas de problème.

Interview réalisée par Stéphane Bourgou.

(Crédit Photo : Stéphane Bourgou pour HA)

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