La députée malienne Aichata Cissé, 2ème vice-présidente du parlement panafricain. Paris le 5 octobre 2019 © Hémicycles d’Afrique
La députée malienne Aichata Cissé, 2ème vice-présidente du parlement panafricain. Paris le 5 octobre 2019 © Hémicycles d’Afrique

Haidara Cisse Aichata dite Chatto est députée, élue de Bourem, localité située à 90 km de Gao dans le nord Mali. 2ème vice-présidente du parlement panafricain, elle est en charge de la diplomatie. En mission officielle en France du 3 au 5 octobre dernier, elle a fait un plaidoyer au parlement Européen sur l’éducation des enfants africains. Avant de s’envoler pour Johannesburg en Afrique du Sud, où s’est ouvert le 7 octobre dernier la session ordinaire du parlement panafricain, elle a accepté de nous parler de cette institution et de sa dernière mission. Entretien

 

Propos recueillis par Prince Bafouolo

Hémicycles d’Afrique : Vous faites partie du bureau exécutif du parlement africain. Présentez-nous cette institution

Haidara Cisse Aichata : Le parlement panafricain est composé de 55 Etats membres de l’Union africaine. De 54, nous sommes passés à 55 membres avec l’entrée du Maroc. Pour être membre du parlement panafricain, il faut être élu dans son pays. Chaque pays à la responsabilité et l’obligation d’envoyer 5 membres de son parlement. Parmi les 5 membres il faut au moins une femme et au moins un membre de l’opposition. Le parlement africain fonctionne à peu près comme le parlement Européen, avec des commissions. Nous avons par exemple la commission économique, la commission transport et la commission genre. Ces commissions travaillent inlassablement sur des dossiers très chauds. Ceci dit, nous ne sommes pas un parlement qui peut voter des lois pour le moment. Les Etats membres ont décidé de faire du parlement panafricain un parlement législatif pour pouvoir voter des lois. C’est ce qu’on appelle le protocole de Malabo qui a été signé en 2015. Mais depuis, nous n’avons que 11 ratifications sur les 28 dont on a besoin pour pouvoir légiférer. En attendant, nous discutons avec des spécialistes sur certains sujets : corruption, éducation et autonomisation des femmes pour ne citer que ceux là. Ensuite nous faisons des résolutions et des recommandations en tant que représentants des peuples africains.  Je voudrais aussi vous dire que le parlement africain joue un rôle de lobby en Europe, au Congrès américain et un peu partout. Pour votre information, c’est grâce au parlement panafricain que des sanctions ont été levées sur le soudan. C’est bien beau de sanctionner des chefs d’Etat, mais nous ne pouvons pas accepter des sanctions contre les peuples, parce que c’est le peuple qui nous a élu et le peuple compte sur nous.

H.A : Vous rentrez de Strasbourg où vous aviez fait un plaidoyer au parlement européen sur l’éducation des enfants africains et plus particulièrement  celle des jeunes filles. Qu’aviez-vous dit exactement

H.C.A : Vous savez que l’Union Européenne joue un rôle très important dans nos états rien qu’en termes de financement. On avait à l’ordre du jour l’éducation des enfants et j’ai ajouté l’éducation des jeunes filles. Pour la simple et bonne raison que les jeunes filles sont déscolarisées très tôt, notamment dans mon pays le Mali que je connais mieux. Et c’est des filles que l’on donne vite en mariage. Il faudrait le maintien de ces filles à l’école. Vous savez, c’est trop beau de parler de parité et de dire qu’il faut le même nombre de femmes ministres que les hommes. Mais si elles ne sont pas éduquées et n’ont pas le niveau qu’il faut pour être ministre, elles ne pourront pas l’être. J’ai aussi parlé de l’éducation dans les zones en conflit où il y a beaucoup d’enfants déscolarisés. Que peut faire l’Union Européenne pour nous accompagner ? J’insiste sur le terme accompagné pour éviter que les gens pensent que ce sont  les autres qui doivent venir faire les choses à notre place. Tout ce qu’il y a comme problèmes en Afrique doit être gérés d’abord par les Africains. Etant donné que nos moyens ne suffisent pas, on peut faire appel à la communauté internationale. J’ai donc demandé un appui pour qu’il y ait plus d’écoles et plus de classes.

H.A : Vous aviez rencontré en marge de ce plaidoyer la présidente de la commission de l’Union Européenne. Sur quoi a porté votre entretien ?

 H.C.A : On a surtout parlé de la mise en place d’une collaboration étroite donnant-donnant entre le parlement Européen et le parlement panafricain. Il devient nécessaire et indispensable qu’on agisse par rapport à l’immigration et aux réfugiés. Nous devons nous mettre ensemble. J’ai parlé particulièrement de l’aide de l’Union Européenne au G5 Sahel. Vous savez, les dirigeants ne le disent pas trop, mais nous parlementaires, on sait comment ça se passe. On annonce des sommes faramineuses et les gens se disent que le G5 Sahel va marcher mais concrètement ça ne suit pas. Je pense qu’il faut une déclaration commune parlement européen-parlement africain pour toucher tous ces problèmes. La lutte contre le terrorisme, la xénophobie, et même l’accueil des migrants en Europe. Mais il faudrait avoir le courage de dire que chez nous aussi on a des problèmes. Les gens passent par exemple par des passeurs qui se font de l’argent pour aller vendre des gens en Lybie comme des esclaves. Alors on peut parler de la Lybie et des pays d’accueil. Mais qu’est-ce qu’on fait dans les pays de départ. Il faudrait qu’on arrive à proposer des lois types dans nos Etats. Pour que tous ceux qui se feront prendre dans ce trafic soient considérés comme des criminels.

 H.A : Le siège du bureau parlement panafricain se trouve en Afrique du sud ou des violences xénophobes ont récemment fait plusieurs morts et blessés. Quelle est la position du parlement panafricain par rapport à ces actes qualifiés d’ignobles ?

H.C.A : En tant que représentants des peuples africains, nous trouvons inadmissible que dans un pays africain, il y ait la xénophobie ou que l’on tue des gens parce qu’ils se sont déplacés pour aller dans un autre pays frère. Au niveau du bureau, en trois jours, nous avions fait quatre à cinq réunions rien que pour harmoniser nos points de vue. Ensuite nous avions rencontré les autorités sud-africaines pour en savoir plus sur ce qui se passe et leur présenter les éléments que nous avions puisque nous ne nous basions que sur les éléments que nos ressortissants nous font remonter. C’est vrai qu’avec internet, il y a un peu d’exagération, mais le problème est bien réel et on ne peut pas l’occulter. En tant que ressortissants des peuples africains, nous avons la responsabilité, quelque que soit ce que cela peut nous couter, de pointer du doigt ce qui font ce genre de choses. Ceci dit, il ne faudrait pas faire l’amalgame. Ce ne sont pas tous les sud-africains qui le font. Et nous nous réjouissons d’avoir parmi nous, au parlement panafricain, le petit fils de Nelson Mandela.

H.A : Quels sont les sujets à l’ordre du jour de la session ordinaire du parlement panafricain qui s’ouvre ce 5 octobre à Johannesburg ?

H.C.A : Généralement, nous nous alignons sur le calendrier des chefs d’Etat. Quand ils prennent des décisions sur un sujet précis, nous reprenons à notre tour ce sujet pour en discuter. C’est ainsi que lors de cette session, nous débattrons de la question des réfugiés et des migrants. Il va aussi être question de xénophobie. Nous aurons aussi la réunion des femmes comme à chaque mois d’octobre. Nous avons désormais décidé d’impliquer la société civile à nos rencontres. Deux ou trois membres de la société civile de chaque région viennent nous assister. Cela permet de faire un suivi des décisions que nous prenons.

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