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A la Une Interview

Jean Pierre Fabre : « Ce que nous demandons, c’est négocier les conditions du départ de Faure Gnassingbé du pouvoir ».

Echec de discussions à l’Assemblée nationale, dialogue politique, manifestations populaires, départ de Faure Gnassingbé, Jean Pierre Fabre le président de l’Alliance nationale pour le changement et chef de fil de l’opposition s’est confié au micro d’Hémicycles d’Afrique. 

Hémicycles d’Afrique : La recherche de solution à la crise politique togolaise a échoué à l’Assemblée nationale togolaise. Les positions se sont cristallisées avec des manifestations populaires et aujourd’hui vous en êtes au dialogue. Qu’est ce qui caractérise l’échec de la recherche de solution à  l’hémicycle.

 Jean Pierre Fabre : Il y’a eu deux phases. La première c’est l’introduction d’un projet de loi de révision constitutionnelle à l’Assemblée nationale, conformément  à l’accord politique global signé en Août 2006. Un projet du gouvernement qui reprenait l’essentiel des articles qui ont été modifiés unilatéralement par le pouvoir en place en 2002. Ces articles sont essentiellement relatifs à la limitation du mandat présidentiel, au mode de scrutin etc… Paradoxalement le 30 Juin 2014, l’opposition parlementaire a voté pour la révision constitutionnelle et le parti RPT/UNIR totalement contre. Nous avons tout de suite compris qu’il s’agissait là de subterfuges plutôt à destination de la communauté internationale pour que celle-ci pense que le pouvoir est de bonne foi. Ensuite toujours à l’assemblée nationale et conformément à l’accord politique global, à deux reprises, l’opposition togolaise a introduit des propositions de loi portant révision constitutionnelle. A chaque fois, la majorité s’est employée à empêcher que la proposition de loi suive le processus normal pour aboutir en plénière. C’est fait à dessein pour éviter que nos propositions de loi fassent objet de débat en plénière et fasse ensuite objet de vote et qu’ils soient de nouveau taxés de les avoir rejetées. Voilà comment on en est arrivé à la crise actuelle à l’assemblée nationale.

 Vous ne vous êtes pas entendus sur ces questions d’intérêt national. N’est-ce pas étonnant  puisque la cohabitation semble être parfaite à l’hémicycle ?

En vérité il y’a eu une modification unilatérale de la constitution et l’opposition veut que le pouvoir en place prenne toutes les dispositions pour revenir sur ces modifications unilatérales. C’est tout le problème jusqu’à présent.

  Pour le pouvoir, c’est l’opposition qui a bloqué le processus des réformes. Pour vous c’est le contraire. Mais est-ce que vous n’avez pas simplement transposé le même blocage dans le cadre du dialogue actuel ? Et donc un dialogue sans issue ?

Vous allez trop vite en besogne. Ce n’est pas nous qui demandons le dialogue. On ne peut pas dire que nous avons transposé les difficultés rencontrées à l’assemblée dans le cadre du dialogue. Non. Il revient à celui qui a proposé le dialogue de faire des concessions nécessaires au règlement de la crise. A partir du moment où il invite au dialogue, c’est qu’il a pensé à résoudre le problème qui se pose. Et le problème fondamental, c’est le fait même que M. Faure Gnassingbé reste dans le jeu politique togolais. Certains considèrent qu’il a signé un accord politique global avec l’opposition au terme duquel il doit faire des réformes. Ce qu’il a refusé de faire depuis plus de 12 ans. Maintenant, il dit j’accepte d’opérer les réformes, mais les mandats que j’ai exercé ne comptent pas. Pour nous à l’opposition, c’est prendre des gens pour des imbéciles. Parce que nul ne peut se prévaloir de ses propres turpitudes. On peut considérer que son refus d’exécuter l’accord politique global est une ruse pour continuer d’exercer le pouvoir sans limitation. Faure Gnassingbé est le seul responsable de la situation actuelle. Il ne peut en tirer profit. Ce serait se soumettre à la loi de la force. Et nous ne pouvons pas

 Vous dites que vous ne pouvez pas, mais comment faire prévaloir votre ‘non’ sans la présence de Faure Gnassingbé ?

Moi je suis quelqu’un de très déterminé et de très froid et stable. Je ne gesticule jamais. Retenez une fois pour de bon qu’on ne va pas au dialogue pour la forme. On y est parce que quelqu’un tente d’apaiser la rue et on le voit très bien venir. Son objectif c’est apaiser la tension dans le pays en proposant un dialogue. Nous ne sommes pas fous, et nous acceptons le dialogue. Même si ceux qui sont envoyés au dialogue ne sont pas Faure Gnassingbé, ils sont arrivés avec des instructions pour répondre à ce que nous demandons. Et ce que nous demandons, je l’ai déjà dit depuis le 07 septembre, c’est négocier les conditions du départ de Faure Gnassingbé du pouvoir. C’est clair.

 Suivant quel plan ?

Quel plan ? Il y’a un facilitateur. Pour avoir refuser d’exécuter l’Accord politique global, M. Faure Gnassingbé est responsable de la situation actuelle. Et nous voulons négocier avec lui, les conditions de son départ. Ma position sur le sujet ne change pas. Quel que soit ce que dit ou dira la presse ou ce qui se racontera sur les réseaux sociaux, je suis là, vivant pour l’instant et on appréciera la fin.

 Est-ce que vous craignez que le pays sombre dans la violence si Faure Gnassingbé renonce à quitter le pouvoir ?

C’est pour cela que nous sommes allés au dialogue pour qu’on puisse négocier ce qu’il veut. Il ne peut plus vouloir rester au pouvoir. Nous lui refusons ça. Pour partir, est ce qu’il recherche des garanties ? Qu’est-ce qu’il recherche pour sa sécurité etc… tout ça on est prêt à en discuter. 

Vous avez dit que votre arme pour y arriver c’est la mobilisation populaire. Ce que vous avez démontré avec la coalition des quatorze partis de l’opposition. Mais encore que cette arme vous l’ayez en temps réel. On a l’impression que vous l’avez totalement perdu maintenant avec des premiers compromis au dialogue. Est-ce que l’opposition togolaise ne s’est pas simplement mis la corde au cou dans cette issue pour un échec ?

Je vous ai dit toute à l’heure que je sais où je vais. J’entends dire que nous avons mis la corde au cou. Si effectivement il y’a une corde à mon cou, il n’y a qu’à l’enlever. Mais en réalité il n’y a pas de corde. Cette suspension des manifestations en réalité nous a été arrachée. Je dis ça ne fait rien. En politique, on peut vous arracher des choses. Mais pas votre arme. Nous avons une arme qui est la mobilisation populaire, qui est notre bombe atomique. Le jour où nous en aurons besoin réellement, nous la reprendrons. C’est simple. Vous savez, dans mon pays, on raconte beaucoup de choses, on gesticule beaucoup et sur les réseaux sociaux, chacun dit ce qu’il veut. Mais ce n’est pas tout ce qui se dit qui est consommable. Je n’en veux à personne. Parce qu’il y’a trop de frustrations, beaucoup d’agitation, d’excitation et de précipitations. Tout ça c’est normal après 50 ans de frustrations, de blessures et d’humiliations. Ce que je conçois très bien. C’est bien pour cela que je n’en veux à personne. Donc si j’ai une corde au cou je n’ai qu’à l’enlever le moment venu. Parce que je sais où je vais. Et je suis déterminé pour y arriver.

 La législature actuelle est presqu’à la fin de son mandat. Si vous devez qualifier cette législature en un mot. Que diriez-vous ?

Calvaire. Je n’ai que ce mot. Je le dis et je n’ai aucune honte à le dire. C’est un calvaire. Ce n’est pas une Assemblée nationale ça. Ça ressemble au Canada dry des années 70. Elle ressemble à de l’alcool mais ce n’est pas de l’alcool. Donc on peut dire ce qu’on appelle Assemblée Nationale au Togo, c’est le ‘Canada dry des assemblées nationales’. Même le règlement intérieur n’est pas respecté. Le bureau est totalement composé des députés du parti au pouvoir en totale violation des dispositions du règlement intérieur. Et puis souvenez-vous en 2010, l’Assemblée nationale m’a exclu en totale violation du caractère impératif du mandat d’un député. Donc ce n’est pas une assemblée. On fait juste semblant. C’est bien pour cela qu’on veut que ça change. 

Les réformes vont toucher aussi le pouvoir législatif ?

Bien sûr. Il y a un problème que nous voulons régler fondamentalement. Le rétablissement de la constitution de 1992 et les discussions sur le sort de M. Faure Gnassingbé. Quand on aura fini de régler ça, on abordera tous ces sujets liés au cadre électoral, les réformes institutionnelles etc… 

Enfin comment accueillez-vous un media qui se consacre à ce qui se passe dans les hémicycles en Afrique ?

Je vois là un média du genre LCP en France. Une télé d’un très haut niveau sur les activités parlementaires. Si le media dont vous parlez a pour objectif de travailler un peu comme la chaine parlementaire française, je vous souhaite beaucoup de succès. Parce que ce sera très instructif et ma foi, ce sera nécessaire pour nos pays.

Propos recueillis par notre correspondant au Togo Alphonse Ken Logo

Photo: Jean Pierre Fabre (Crédit photo Alphonse Ken Logo pour HA)

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