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Mali : Dr Oumar Mariko « Ce qui compte, c’est d’être en conformité avec sa conscience politique »

Le bureau dirigeant du parti Solidarité africaine pour la démocratie et l’indépendance (SADI)  a décidé de suspendre les activités de ses cinq (5) représentants au sein du parlement malien. Hémicycles d’Afrique a rencontré son leader, le docteur Oumar Mariko, candidat malheureux aux dernières élections présidentielles.

 

Propos recueillis par Nouhoum Kane

Hémicyles d’Afrique : Le 31 décembre marquait la fin du mandat législatif des députés. Vous avez donc décidé de ne plus se rendre à l’hémicycle malgré la prolongation de leur mandat. Est-ce une décision du parti SADI ou celle de son président ?

Oumar Mariko : C’est une décision du président du parti SADI et également celle du bureau politique du parti. Nous avions écrit à la commission des lois de l’Assemblée nationale au moment de l’enquête sur la loi de prorogation du mandat des députés. Le bureau politique du parti SADI a écrit pour dire qu’il est contre cette prolongation du mandat des députés. Et nous avons visé des articles de la constitution d’une part, et d’autre part, nous sommes rentrés dans notre propre jurisprudence. Et ce qui me taraude l’esprit, c’est que notre position actuelle fait tant de tollé alors qu’en 2012, c’était le même scénario avec la même position. Et en tant que président du parti SADI, je me dois de respecter la décision du parti. Donc, nous avons pris la mesure de suspendre nos activités à l’Assemblée nationale jusqu’à la tenue du congrès. La dernière fois en 2012, quand nous avions pris la décision, nous avions voté plutôt contre la loi et la décision de se retirer définitivement de l’Assemblée nationale a été prise par le comité central du parti.

HA: Pourquoi avoir opté pour une suspension définitive de toute activité à l’hémicycle alors qu’en 2012, vous y êtes restés jusqu’aux élections en 2013 ?

O.M: Cela ne s’est pas passé ainsi. L’assemblée avait été dissoute mais a malencontreusement repris ses activités. Donc, à la fin du mandat, nous avions eu la chance de pouvoir convoquer le comité central pour siéger sur la question. Le comité central ayant décidé qu’à la fin du mandat, nous ne devons plus être à l’Assemblée nationale, nous n’y sommes pas allés. Donc, il n’y a aucune incohérence entre 2012 et 2018. La seule différence, c’est que c’est le congrès qui va décider cette fois-ci en lieu et place du comité central.

HA: Pourquoi alors cette abstention sachant que vous devriez vous retirer après ?

O.M: Non ! Le problème, c’est que l’abstention, du point de vue juridique suivant les explications de nos juristes, ne signifie absolument rien. Si on avait voté contre, d’après ces praticiens du droit, c’était ce qui était grave. La constitution n’autorise même pas d’envisager que les députés siègent sur une quelconque prolongation de leur mandat à l’assemblée nationale.

H.A : Pensez-vous respecter la loi en prenant une telle décision ?

O.M : Le problème, c’est que la loi en question n’est pas une loi. En réalité, ils sont en train de faire comme une seconde jurisprudence. Mais nous, nous devons montrer à l’opinion nationale malienne qu’on est en politique et que cette majorité n’est pas légale. Elle n’est pas l’expression du peuple malien. Si les autres partis politiques arrivent par cécité politique à ne pas comprendre, il convient de leur signaler que si d’aventure les députés de l’Assemblée nationale devraient continuer leur mandat, il aurait fallu évidemment envoyer ces élus dans leur circonscription électorale avant la fin du mandat pour débattre avec les populations et revenir avec des positions qui seraient certainement légitimes. Le parti SADI entend justement, par cette prise de position, travailler au rassemblement. Ce sera encore une énième tentative de rassembler le peuple malien. Et dans tous les cas de figure, le parti, politiquement, va tirer les enseignements qu’il faut en prenant des décisions idoines.

HA: On voit sur les réseaux sociaux qu’un député du parti SADI a été à l’Assemblée nationale. Si cela s’avère, ce député frondeur encourt-il des sanctions ?

O.M : Il en court la décision du congrès. C’est très clair. De ce point de vue, ce qui est important, le président du parti ne sera pas mis en minorité par rapport à cette décision dans la mesure où la décision sera conforme à des prises de positions du bureau politique du parti.

HA: Votre décision de ne plus participer aux activités de l’Assemblée nationale est-elle irrévocable ?

O.M: Elle est irrévocable jusqu’au congrès du parti SADI qui peut revenir sur la question en l’entérinant ou non. Vous savez, chaque fois qu’on donne des belles leçons d’histoire politique, je parle sans forfanterie, sans démagogie et sans fausse modestie. Ça crée chaque fois des secousses tant au sein du parti que dans l’opinion publique. Mais ce qui compte, c’est d’être en conformité avec sa conscience politique, la ligne directionnelle du peuple. Puisque ce dernier apprend de nous et se console à travers nous. Je vous remercie.

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