Haby Mint Source: africanvibes.com

Haby Mint Rabah est une ancienne esclave mauritanienne devenue un symbole de la lutte abolitionniste dans son pays, après avoir s’être présentée aux dernières législatives. Rejetée, sa candidature  avait pour principale ambition l’abolition de la traite.

 

Par Aurore Bonny

Permettre aux institutions en charge des organisations des élections en Mauritanie d’enregistrer la candidature d’une ex esclave pour la première fois dans l’histoire du pays. Telle est la vision de Haby Mint Rabah, abolitionniste (un statut qui l’expose davantage aux risques de persécutions et autres formes de sévices), quand elle déposait son dossier de candidature à l’élection législative de son pays.

Haby Mint Rabah, quadragénaire, est née dans des conditions de traite. Dès l’âge de 5 ans, elle a été forcée de mener des travaux champêtres et domestiques tout comme ses parents. De cet âge, ce n’est qu’en 2008, 30 ans après, qu’elle a été « libérée » de ce joug. Dans les médias, elle affirme que « chaque jour, je m’occupais du troupeau. Chaque nuit, j’étais violée par mon maitre. »

Esclave, mais militante politique engagée

Membre du Parti de l’initiative pour la résurgence du mouvement Abolitionniste (IRA), principal bloc de lutte contre l’esclavage, Haby y a été utilisée stratégiquement pour mieux représenter les voix des victimes de l’esclavage sexuels et de l’asservissement lui-même. Mais le courage dont a fait preuve cette candidate malheureuse des dernières législatives est un miel susceptible de lui attirer les abeilles dans ce pays où le gouvernement est jugé répressif par les organismes de défense des droits de l’homme. Lesquelles dressent des rapports sombres sur les agissements du gouvernement surtout face aux abolitionnistes. Deux de ces derniers, Biram Dah Abeid et Abdellahi el Housein Mesoud, ont été des victimes incarcérées mais libérés le 31 décembre dernier suite à la pression de ces organismes. Certains observateurs trouvent l’ambition d’Haby, un symbole de renaissance. Tel un Phoenix qui renait de ses cendres, elle est la preuve que l’existence des victimes ne devrait pas se limiter à cette condition mais surtout qu’il est possible de vivre autrement pour cette cause sociétale.

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Le traumatisme d’une vie d’esclave

Certains observateurs décrivent l’esclavage vécu en Mauritanie comme un asservissement moderne où règne un sentiment de dépendance au mode de vie imposé par les maîtres. Ceci crée un voile entre eux et la liberté réelle dont ils peuvent jouir librement. Dans une lettre adressée à Avaaz, une ONG internationale de cyber militantisme, Haby Mint Rabah avouait « qu’il lui était difficile de quitter ses maîtres car n’ayant connu qu’une vie de travail perpétuel ». Elle a également dénoncé qu’en Mauritanie « des centaines de milliers de personnes sont encore réduites en esclavage aujourd’hui ». Elle estime néanmoins avoir eu de la chance que son frère ait pu échapper à ses maîtres pour rejoindre une organisation anti-esclavagiste. Laquelle est venue par la suite à son secours. Elle qui hésitait au départ, a finalement suivi Biram Dah Abeid , l’homme derrière cette organisation , actuel député mauritanien qui envisage également de porter sa candidature à la magistrature suprême du pays en juin 2019. Pour cette combattante, «  les élites propriétaires d’esclaves font pression pour conserver le statu quo ».

Pourtant en Mauritanie, les textes contre cette pratique ne manquent pas. Notamment le décret colonial de 1848 signé par la France, la constitution de 1961, la circulaire N° 08 de 1969, l’ordonnance N° 081-234 sur l’abolition de l’esclavage en 1981, la loi N°025/2003 contre la traite et l’exploitation sexuelle, la loi N° 2007 – 048 sur la criminalisation de l’esclavage et la loi de 2012 désignant l’esclavage comme crime contre l’humanité sans oublier la révision en 2015 de la loi de 2007.

Malgré donc ces différentes normes réglementaires dans le pays, la Mauritanie compte, selon les chiffres publiés par le député Biram Dah, 20% de sa population en situation d’esclavage. Les efforts de Haby Mint Rabah n’ont certainement pas été du goût des dirigeants et il lui faut désormais attendre la prochaine législature pour, si possible, tenter à nouveau sa chance.

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