Le parlement mauritanien est secoué depuis quelques jours par une polémique liée à l’utilisation des langues. Face à ce sujet préoccupant, des acteurs souhaitent une révision de certains textes.

Par Josaphat Finogbé

«Un discours en Français n’a pas de sens ici à l’Assemblée nationale. Si vous parlez en Français, sachez que (…) ceux qui vous ont élu ne comprendront pas ». C’est ainsi que le président de l’Assemblée nationale, Cheikh ould Baya, officier à la retraite et membre du parti Union pour la République (Upr), s’est adressé à Coumba Dada Kane, députée et militante de l’Initiative de Résurgence du mouvement Abolitionniste du leader Biram Dah Abeid. C’était à l’occasion d’une allocution de la députée ce 31 janvier 2020 à l’hémicycle.

Cette intervention du président du parlement a relancé le débat sur l’enseignement des langues nationales à travers le pays. Mais très tôt, l’institution parlementaire a affirmé que « le Français, comme toute autre forme d’expression, n’a jamais fait l’objet d’une quelconque interdiction dans l’hémicycle et certains députés continuent à en faire usage. Des élus se sont éloquemment exprimés dans cette langue qui reste en effet un moyen de communication incontournable, dans les documents, lois et correspondances de l’Assemblée ».

Selon l’article 6 de la Constitution mauritanienne promulguée le 20 juillet 1991, et qui a connu une série d’amendements depuis juin 2006, il est clairement stipulé que « les langues nationales sont: l’Arabe, le Peul, le Soninké et le Wolof. La langue officielle est l’Arabe ». Dans cette disposition constitutionnelle, aucune allusion n’est faite à la langue Français alors que cette dernière constitue un atout communicationnel dans le même pays.

« L’incident du 31 janvier dernier procède d’un processus de réécriture et de falsification du passé. La dynamique négationniste résulte, elle, de l’arabisation au rabais, conduite, depuis les années 1980, avec comme bilan la destruction du système éducatif, de la justice, de l’administration et l’abrogation de l’égalité des chances », ont dénoncé les militants du mouvement du leader Biram Dah Abeid.

Le parti Rassemblement des forces démocratiques (RFD), un parti de l’opposition, a souhaité que les traductions soient faites désormais dans les langues nationales afin de permettre une meilleure compréhension des débats et activités parlementaires au sein du peuple mauritanien.

Une position qui est diversement appréciée dans l’opinion publique. Mais pour les défenseurs des droits de l’homme, c’est un nouvel épisode d’un feuilleton qui a toujours agité le pays depuis des décennies.

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