Tosi Mpanu Mpanu, Ambassadeur et négociateur senior climat de la République Démocratique du Congo
Tosi Mpanu Mpanu, Ambassadeur et négociateur senior climat de la République Démocratique du Congo

La Convention des nations unies sur le changement climatique est l’une des trois conventions sœurs de Rio de Janeiro qui ont été portées sur  les fonts baptismaux lors du sommet de la terre de 1992. Ces trois conventions sont celles sur le climat, celle qui articule la lutte contre la désertification et enfin la convention sur  la diversité biologique. Depuis lors, les conférences des Etats-parties à ces différents cadres conventionnels se tiennent régulièrement. En décembre prochain, la 25è conférence des parties  se tiendra à Santiago de Chili pour finaliser la mise en œuvre de l’accord climatique de Paris. Les Etats africains doivent prendre la mesure des enjeux et restés coalisés.

 

Tosi Mpanu Mpanu, Ambassadeur et négociateur senior climat de la République Démocratique du Congo

 La Convention-cadre des nations-unies sur les changements climatiques (CCNUCC) a été adoptée au cours du sommet de la terre de Rio de Janeiro en 1992 par 154 Etats auxquels il faut ajouter la totalité des membres de la communauté européenne. Elle est entrée en vigueur le 21 mars 1994. Ratifiée en 2004 par 189 pays, en 2018 elle recense 197 pays.

La Ccnucc est la première tentative dans le cadre de l’Onu de mieux cerner ce qu’est le changement climatique et comment y remédier. Son objectif est simple. Il s’agit d’empêcher une concentration des gaz à effet de serre dans l’atmosphère, qui pourrait créer des perturbations dangereuses pour le climat. Pour cela les pays sont appelés à collaborer, à mener une action ambitieuse sur la base de leurs responsabilités commune et différenciée au regard de leurs capacités respectives. Certains pays dits « pays de l’annexe 1 » étant censés faire montre de leadership.

 Exit de toute contraignante, la Ccnucc  a donné lieu à deux accords : le premier adopté en 1997 est le protocole de Kyoto qui  établit des objectifs chiffrés de réduction pour une quarantaine de pays développés, laissant la voie libre aux pays en développement. Le  deuxième qui reflète une évolution du monde et de cette  gouvernance internationale sur le climat est l’accord de Paris adopté en décembre 2015.

La solidarité africaine

L’accord de Paris permet aux pays d’inscrire volontairement le niveau d’ambition qu’ils veulent atteindre et à leur vitesse. Cela en vue d’atteindre l’objectif de l’accord de limiter la hausse de température globale de la terre à 2 degrés Celsius par rapport à l’ère préindustrielle, d’ici la fin du siècle. Avec la possibilité d’arriver à une limitation de 1,5 degré. Pour ce faire l’accord vise à aider les pays à arriver à plus d’adaptation et à plus de résilience  ainsi qu’à créer des mécanismes financiers pour que les pays ensemble puissent tenir ce challenge.

Le caractère éminemment multilatéral de la négociation sur les changements climatiques oblige les Etats africains à la solidarité, près de deux cents Etats viennent chacune pour ses intérêts spécifiques, y aller seul ou de manière isolée risque de ne pas être beaucoup porteur. C’est ainsi que les pays en développement s’engagent dans cette négociation là au sein de larges coalitions de négociation qui vont porter des thématiques communes qui verront l’intérêt  de ces pays être atteint.

Les Etats n’étant pas égaux, fait que certains états sont plus influents que d’autres. Et si ces discussions devraient se tenir dans un cadre purement bilatéral, il y a des Etats qui utiliseraient des leviers politique, financiers, militaires etc. pour amener à voir leurs intérêts être servis. Et c’est là que l’Afrique doit parler d’une même voix car lorsqu’on est dans un cadre multilatéral, qui reflète un certain niveau de transparence, la puissance des certains Etats est diluée.

Tout le monde a droit au chapitre, un idéal pour que ces discussions se tiennent. Le seul bémol c’est que ce cadre multilatéral consacre un droit mou, qu’il n’est pas forcément possible de mettre en œuvre, d’être imposé aux uns aux autres, au-delà d’avoir une démarche volontaire de la part des uns et des autres. Donc c’est un droit qui n’est pas contraignant malheureusement. Mais le cadre dans lequel ces discussions se tiennent fait que le continent africain ou ses Etats, y gagne énormément qu’en étant dans un cadre bilatéral ou tout simplement régional.

Ces sommets appelés à se poursuivre, pourraient revoir leur fréquence, compte tenu du niveau de maturation de la discussion. La cop sur les changements climatiques pourrait se tenir tous les deux ans à l’instar des cop de deux autres conventions citées plus haut.

Quid de la préparation

Au regard de tous ces enjeux, Les Etats lorsqu’ils vont dans ces négociations doivent s’assurer qu’ils sont munis de toutes les compétences dans leurs délégations. Au-delà de la sphère institutionnelle, ces compétences se nomment selon les thématiques, parmi les scientifiques, des représentants de peuples autochtones, ou des Ong forestières, des privés, voire dans les rangs des législateurs. Ceux-ci  doivent s’imprégner du contexte international de prise des décisions, pour le cas échéant décliner certaines dispositions en texte de loi.

Il faut que les pays africains se préparent bien pour cette échéance, se mettent en ordre rangé et s’assurent que dans leurs délégations des compétences requises ne manquent pas à l’appel pour pouvoir être en mesure de suivre ces négociations qui sont complexes et qui se déroulent vite.

Tenez! Les négociations se tiennent essentiellement en Anglais. Excepté les deux séances plénières d’ouverture et de fermeture où on peut s’exprimer dans l’une des six langues des nations unies à savoir le Français, l’Anglais, l’Arabe, le Chinois, le Russe, et l’Espagnol ; tout le reste des discussions se tient en Anglais. Il faut donc que les pays francophones surmontent leur handicap en s’assurant des personnes dans leurs délégations qui maitrisent la langue de Shakespeare.

Participation

Seules les compétences ne suffissent pas. La réussite à ces sommets tient à la qualité, à l’application des délégués. Il y a des délégués engagés qui suivent les discussions de bout en bout et d’autres qui viennent en villégiature et ne manifestent aucun engagement particulier à suivre l’activité.

Ne venez pas à la négociation avec des positions maximalistes. Il faut amener des demandes qu’on a, envisager des points de replis et une ligne rouge à ne point franchir. On dit donc maximaliste, recul, ligne rouge. Et c’est lorsque après rixe, vous évaluez l’atteinte de points inscrits à votre tableau de bord que vous pouvez soutenir qu’une négociation a réussi.

Par contre une négociation qui n’a pas abouti, demande qu’on s’interroge. Et très souvent c’est lorsque un pays africain ne suit pas la discipline fixée au sein du groupe et décide de défendre des positions qui sont nationalistes. Non seulement qu’il n’obtiendra pas gain de cause, mais en fin de compte il affaiblit la position générale des pays. Il faut que les pays restent coalisés et unis jusqu’au bout de la démarche.

L’enjeu pour la Cop 25 de Santiago de Chili est important. Car dans la suite de la Cop 24 de Katowice (Pologne en 2018), elle va finaliser les règles de mise en œuvre de l’accord de Paris. L’article 6 de ce compromis qui porte sur les mécanismes de coopération et leur fonctionnement. C’est-à-dire qu’à l’arrivée tel pays X qui n’arrive pas à réduire  toutes les émissions de gaz à effet de serre qu’il voudrait peut aller financer dans un pays Y. Les réductions enregistrées pour le pays Y peuvent compter pour le pays X. Ces mécanismes assez complexes à définir mais peuvent constituer une des voies de  financement dans la lutte contre la déforestation dans certains pays.

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