Mouftaou Badarou, analyste politique © Prince / HA
Mouftaou Badarou, analyste politique © Prince / HA

Comment redonner corps à l’esprit de consensus issu de la Conférence Nationale de février 1990 ? Un consensus qui servait de socle à la démocratie béninoise si apaisée. Le gouvernement béninois qui a emboîté le pas au clergé, début juillet, joue-t-il franc jeu avec l’opposition ?

Par Mouftaou Badarou, analyste politique

Un exercice d’équilibrisme, qui consiste à ne froisser personne. C’est celui auquel s’était attelé le clergé béninois depuis juin dernier en rencontrant tour à tour les partis de l’opposition et ceux de la mouvance présidentielle au siège de l’épiscopat à Cotonou. Afin de les amener, dans une deuxième étape, à la table du dialogue avec le Président Patrice Talon. Le clergé a ainsi envoyé une demande d’audience à la Présidence, dans cette perspective. Si les deux partis présidentiels -Bloc Républicain et Union Progressiste- ont été reçus séparément par le clergé, ceux de l’opposition s’étaient réunis en une seule délégation conduite par Candide Azannaï, président du parti Restaurer l’Espoir (RE).

Mais, la propre initiative du Palais de la Marina a complètement parasité les démarches du clergé. Le Président Talon ayant à son tour invité les représentants des partis le lundi 15 juillet au Palais de la Marina pour essayer de trouver une issue de sortie.

Ayant essuyé une volée de critiques pour l’éjection de l’opposition des législatives du 28 avril, le Président Patrice Talon a conscience que la réintégration de ces partis dans le jeu politique fera décrisper la tension politique dans le pays. D’autant que l’aile radicale de l’opposition, incarnée par le parti communiste béninois, la Renaissance du Bénin et le parti Restaurer l’Espoir, n’entend faire la moindre concession au pouvoir quant aux préalables maintes fois répétés, et rappelés par l’ancien Président Nicéphore Soglo dans une correspondance adressée au Président Talon, au nom de l’opposition. Parmi ces préalables, l’identification et la restitution à leurs familles des personnes décédées suite à la répression des 1er  et 2 mai, l’identification et la sanction de la chaîne de commandement ayant ordonné des tirs sur les manifestants, la relaxe des émeutiers arrêtés à ces dates, le retour au Bénin de tous les exilés politiques, la révision effective de la charte des partis politiques et du code électoral ainsi que la dissolution de l’Assemblée nationale.

Mais, problème. Pour le pouvoir, il est hors de question que ce scrutin soit repris. Le député Jean-Michel Abimbola, président du groupe parlementaire Bloc Républicain, oppose le silence de la constitution béninoise quant à une dissolution de l’Assemblée nationale.

Candide Azannaï, président du parti Restaurer l’Espoir, porte-parole du comité de la Résistance (aile dure de l’opposition), a, lui aussi, le mérite de la clarté : pas de détente politique au Bénin sans la démission collective de la 8ème  législature et la reprise des élections législatives. Aussi, a-t-il décliné l’invitation du Président Talon à la séance de travail du 15 juillet au Palais de la Marina.

Mais, voulant éviter la relégation durable de leur formation à la marge de l’échiquier politique béninois, les FCBE et l’USL ont accepté d’aller rencontrer le Président Talon. En compagnie d’autres formations peu connues, qui n’étaient visiblement là que pour faire du chiffre. Aussi, après cette rencontre du 15 juillet, le ministère de l’Intérieur a-t-il pris attache avec les partis exclus des législatives en vue de leur nouvelle légalisation.

Mais, alors que les partis s’attendaient à une simple formalité, le ministre de l’Intérieur leur a recommandé de tenir un nouveau congrès constitutif excluant des membres fondateurs les personnes en exil ou ayant de simples démêlés avec la justice (donc pas encore condamnées).

Ce à quoi la RB, Les FCBE, le PCB et l’USL opposent un « refus ferme et catégorique ». « Nous ne céderons pas à ces injonctions illégales du ministre de l’Intérieur nous demandant de produire de faux documents ! », s’est braqué Donklam Abalo, porte-parole de l’Union Sociale Libérale (USL), traduisant la position commune de l’opposition sur cette question. Cette exigence supplémentaire du ministre de l’Intérieur renforce d’ailleurs l’intransigeance de certains acteurs politiques qui estiment que le pouvoir ne veut toujours pas jouer franc jeu avec eux.

Le Président Talon, qui a perdu son pari d’organiser des législatives « exemplaires », ne gagnerait-il pas à poser des actes concrets de bonne foi ? Notamment en amnistiant les exilés politiques et les manifestants incarcérés suite aux émeutes des 1er  et 2 mai derniers, et en faisant délivrer aux partis d’opposition la « fameuse » notification de conformité. L’ère Boni Yayi étant révolue et soldée depuis, quel est l’intérêt pour le Président Talon d’attiser la rancœur de tous ces exilés politiques et celle des parents des victimes du 1er   et du 2 mai dernier ? Quel est l’intérêt de voir persister le bras de fer entre le pouvoir et une opposition qui estime avoir donné assez de gages de sortie de crise ?

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