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Opinion : Il était une fois, Marc Mapingou

Tu rêvais d’un Congo uni et prospère. Tu rêvais de voir un jour une « nation » congolaise au sens propre du mot. Tu rêvais d’un pays réconcilié, fort et rayonnant, capable de peser dans un monde devenu hyper compétitif. Ton rêve, tu ne l’as pas vu se réaliser durant ton pèlerinage sur terre. Nous parlons bien de rêve tiens ! Ton rêve, tu pourrais bien le voir de ton sommeil éternel un jour. Quand ? Je ne saurais te le dire. Mais je suis certain que le Congo se relèvera et pèsera dans une Afrique libre, unie et forte. C’est « le défi d’un continent, l’espoir d’une génération » pour reprendre ce slogan que tu avais suggéré à l’ancien président Pascal Lissouba, au début des années 1990. Tu as mené le bon combat. Après toi, d’autres prendront la relève. Loin d’être un simple engagement de quelques esprits enthousiastes, voire opportunistes, c’est un devoir.

J’ai regardé, lu et écouté la vague déferlante des messages publiés pour te rendre hommage sur la toile. J’ai écouté les uns et les autres. Je peux te rassurer : tu as réellement laissé bonne impression sur la terre des vivants ! Les congolais, du nord au sud, de l’Est à l’Ouest, t’ont tiré leur chapeau. Même certains de tes adversaires politiques ont fait ton panégyrique. En privé comme en public, je n’ai entendu dire que du bien de toi. Même si dans nos us et coutumes bantoues nous respectons les morts et ne cassons pas de sucre sur leur dos, je peux te rassurer de la sincérité des propos des uns et des autres. J’espère ne pas m’être trompé. Rarement un mortel n’avait fait autant l’unanimité ! Tu as vraiment marqué ton époque.

Lorsque j’ai entendu ton nom pour la première fois, je n’avais que 11 ans mais je suivais attentivement l’actualité politique. C’était la campagne des présidentielle de 1992. Je lisais la presse régulièrement, grâce à mon père. Pour ces élections, tu étais le directeur de campagne de Pascal Lissouba, en charge de la communication. A ce titre, tu as conçu ou validé des slogans prononcés par le candidat Lissouba. Certains d’entre eux sont entrés dans l’histoire : « Le Congo va décoller ». « Le défi d’un continent, l’espoir d’une génération » pour ne citer que ces deux qui m’ont énormément marqué.

J’habitais l’OCH à Pointe noire. De l’autre côté se trouvait le quartier Tibodo, majoritairement habité par des ressortissants des pays du Niari, acquis à Pascal Lissouba. L’Upads montait en puissance, et tu étais l’un des personnages dont en parlait. Je vivais cette campagne à fond. La première que j’ai vécue de ma vie.

12 ans plus tard, en 2014, je suis à Cotonou. Je viens de commencer ma carrière en journalisme et je me passionne pour la communication. Un après-midi d’harmattan, le ventre affamé, dans un contexte difficile où l’avenir semble incertain par moments, je taille une bavette avec un colocataire. Hubert, son prénom. En parlant des communicants qui l’ont marqués, il te cite en premier. Le nom me revient : Marc Mapingou. J’apprends que tu t’es installé en France. Je me dis qu’un jour, il faut que je te rencontre. En 2016, 12 ans après, nous nous voyons. Nous sommes alors à la veillée mortuaire de ma belle tante. A l’extérieur de la salle, nous formons un cercle (nous sommes à 6) et discutons. Tu es en face de moi, mais je ne sais pas que c’est toi Marc Mapingou. Bien sûr, on t’appelle par ton prénom, mais je suis loin de faire le lien. Cyriaque Bassoka, (ironie du sort, vous mourrez à la même période et par la même maladie) paix à son âme, anime le débat. Arrive un de tes amis. Il t’appelle par ton nom. Mes yeux s’illuminent. J’ai l’impression de rêver. Je pose la question à Cyriaque qui me donne confirmation… J’ai le sourire jusqu’aux sourcils. Je suis en face d’une icône de la communication, une légende. Un personnage qui m’a fait rêver et que j’avais de tout temps envisagé de rencontrer. On s’échange les numéros. Le lendemain, nous devenons amis sur Facebook. Depuis, tu es devenu mon « grand ». Au fil des causeries et de rencontres, je découvre un intellectuel pertinent. Un passionné du Congo. Un homme d’une probité morale louable et d’une humilité remarquable. Te parler était un honneur. Tu es parti trop tôt, mon « vieux », comme j’aimais t’appeler.

Pour être honnête, je n’ai pas eu la force d’écrire, ne serait-ce que deux lignes, pour saluer ta mémoire à l’annonce de ton décès. Jusqu’à ce matin, j’ai eu du mal à réaliser que nous ne nous reverrons plus. J’ai choisi ce jour où tu es mis en terre pour t’écrire ces quelques mots et te dire mon regret. Je trouve extrêmement regrettable qu’un homme intelligent comme toi n’ait pas eu la possibilité de vraiment servir son pays. Ta mort doit être une occasion de réflexion pour tous. Si nous aimons le Congo, comment pouvons-nous reconnaître les capacités intellectuelles de certains et ne pas leur donner la possibilité de servir le pays ? A quoi cela sert de jeter des fleurs aux nôtres lorsqu’ils sont inertes, alors qu’en vie, nous ne sommes pas capables de leur donner la largesse de libérer leur potentiel pour l’intérêt du pays ? Les « Marc Mapingou » sont nombreux au Congo ou à l’extérieur. Des compatriotes dont on en reconnaît les mérites, le talent mais que l’on décide de laisser au bord de la voie, pour des motifs souvent dépourvus de toute raison. Des docteurs en droit obligés de faire la manutention, des licenciés contraints de conduire un taxi ou de vendre des bouteilles d’huile dans des échoppes de fortune pour joindre les deux bouts. Tout le monde le sait. Chacun les voit trimer. Mais nous les laissons galérer, attendant qu’ils passent de vie à trépas pour reconnaître qu’ils avaient de beaux petits yeux à vision lucide et une tête bien faite.

Chaque jour qui passe, tirons les leçons. La vie ne tient à rien. Le Covid-19 nous l’a encore prouvé. Nous ne sommes pas obligés de nous aimer les uns et les autres. Mais nous avons le devoir d’aimer notre pays, et par conséquent de privilégier l’intérêt général. Je m’en voudrais de rendre hommage à Marc Mapingou juste pour m’inscrire dans la longue liste de celles et ceux qui l’ont fait. Je m’en voudrais de venir écrire simplement pour montrer aux gens que je le connaissais. Tant s’en faut. Mon hommage est par-dessus tout un appel à la sincérité et à l’unité des forces vives du Congo. L’hypocrisie et la haine ne nous ont pas rendu service. Essayons l’amour, la solidarité et l’unité que convoque notre devise. C’est ensemble que nous pourrons relever les défis et raconter à Marc Mapingou, un jour, que le Congo a décollé. Mon vieux Marc Mapingou, va en paix ! Je m’incline…

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3 commentaires

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Estelle laudesia BIKOUMOU 16 mai 2020 at 23:33

Un hommage digne d’un homme de son rang, d’un communicant hors pair, d’un digne fils de mon pays qui part sans l’avoir servi convenablement. Hélàs!
Mais puisse cette interpellation de Prince Bafouolo, être comprise, particulièrement ce 16 mai 2020, jour de sa mise en terre qui la 3e journée internationale du vivre ensemble, pour que toutes les energies du Congo participent effectivement à la constuction d’un Congo fort et qui gagne.

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TOKO PROUST 17 mai 2020 at 00:14

En Afrique, il vaut mieux parfois être mort pour être compris.
Le Congo est un très beau Pays mais ce que nous partageons le plus c’est la division. Cela n’a plus de sens.
On ne peut choisir un camp quand on aime son Pays.
Nous ne sommes pas unis, nous travaillons peu, comment pourrons-nous progresser ?
TKP

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Charmant OKIGA 17 mai 2020 at 16:26

Hommage partinent et pourvu de beauté de sincérité.Venant toi je ne suis nullement surpris très cher ami.
La perte est énorme pour nous et pour bon nombre des congolais.

Va en paix mon vieux!!!

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