Florent Couao-Zotti, Écrivain par passion, journaliste par devoir et enseignant par vocation. © Rfi.fr
Florent Couao-Zotti, Écrivain par passion, journaliste par devoir et enseignant par vocation. © Rfi.fr

Ils sont prêts à s’exhiber sur les places publiques, à se mettre en vedette, le regard altier, la démarche chaloupée, le sourire de circonstance. Ils aiment se draper d’agbada ou même d’acho-oké quand ce n’est pas du leyssi, ces tissus riches aux dentelures fines que l’on coupe volontiers dans du bohoumba.

Par Florent Couao-Zotti, Écrivain 

Pour soigner leurs apparences et montrer qu’ils peuvent vous en mettre plein la vue, les dirigeants de la ville sont devenus d’habiles techniciens de l’ostentation. Il suffit de les voir, lors des manifestations publiques, se mettre en vitrine. Mais lorsqu’il s’agit de s’occuper du cadre de vie, de s’acquitter de l’assainissement des rues — ce qu’il y a de plus banal — ils se font royalement discrets s’ils ne répondent pas tout simplement absents.

Depuis plus d’un an, les principales rues de la ville sont devenues des dépotoirs à ciel ouvert où s’étagent des ordures de toutes sortes, où de sympathiques citoyens déposent les merdes domestiques emballées dans des sachets noirs. Inutile d’ajouter que ces horreurs produisent sur les riverains des odeurs inénarrables. Symbole de cette situation, l’une des artères importantes qui traverse la ville, d’est en ouest, depuis le Carrefour Gloh jusqu’au boulevard Gbokou. D’ailleurs à ce niveau, non loin de la mairie, un monticule d’ordures s’élève et deviendra, avec l’inertie légendaire des autorités, une montagne qui concurrencera bientôt en hauteur les immeubles de l’environnement.

On nous dira qu’il manque des pièces de rechange des camions berne de la voirie. On nous dira que les services de ramassage, les ONG spécialisées qui ont été agréées par la mairie, sont défaillants. On nous allongera encore une fois des clous dont nos oreilles ont tout le temps été habituées. Le paresseux trouve toujours des justifications à sa paresse, exactement comme l’homme politique qui, surpris en pleine faute, attribue ses errements à autrui si ce n’est à son adversaire politique.

À Porto-Novo, depuis la première mandature jusqu’à nos jours, la gestion des mairies se suit et se ressemble comme des gouttes de la même eau. Celle de la mairie actuelle semble avoir battu tous les records, à commencer par celle de l’insalubrité. À cette allure, la prolifération des rats issus des décharges publiques sera inévitable. Elle risque d’ailleurs de produire un phénomène plutôt inédit : la population des rongeurs dépassera celle des habitants, ce qui entraînera une cohabitation digne des plus grandes tragédies à la John Steinbeck. Qu’il vous souvienne, l’écrivain américain avait publié son extraordinaire roman Des Souris et des hommes…Nous n’en serions pas loin.

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