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[Opinion] RD Congo: Il faut une prise de conscience nationale !

Nos frères et sœur de l’Est souffrent. À l’Ouest, nous continuons à nous complaire dans les fêtes et célébrations. Personne ne pense à ce qui se fait à l’Est! Constat et réflexion après ma visite pastorale dans le diocèse de Béni Butembo.

Fridolin Ambongo, cardinal et archevêque de Kinshasa

Le contexte de ma visite pastorale est essentiellement dicté par la souffrance, les atrocités et l’angoisse vécues par les populations de l’Est. Ils crient au secours à qui veut l’entendre, pour leur venir en aide. Un contexte de violences récurrentes qui auraient commencé depuis près de trois décennies, connues par la communauté nationale et internationale.

La conférence épiscopale nationale du Congo ( cenco), a plusieurs fois porté la voix pour attirer l’attention des autorités du pays. Nous avions fait plusieurs plaidoyer auprès de la communauté internationale sur la situation.

Mon constat est plutôt amer après que j’aie pu visiter l’ensemble de la zone dite «rouge» (kokola, mayi-moya, mukoko, oicha, makosele, manvivi, mbau, ruwangoma, etc). Le climat général est caractérisé par une misère insupportable, des souffrances des peuples traumatisés. Il y a des massacres presque quotidiens dans cette partie. Conséquence, il y a déplacement des familles par peur d’être égorgées. La population moralement affaiblie laisse maisons et villages pour aller vers le centre ville. Devant cette fuite et actes de sabotage, d’autres peuples viennent occuper les lieux.

Des enlèvements sont fréquents et cinq prêtres sont portés disparus à ce jour.

De l’ analyse de ces faits, on constate l’existence d’un plan qui guide le comportement des assaillants. Ce ne sont pas des actes isolés, ni irréfléchis. Mais plutôt des actes planifiés et qui ont pour finalité la balkanisation de notre pays. Cela se vérifie à travers le remplacement des populations déplacées par des populations généralement ougandophones et rwandophones se réclamant congolais! Une situation qui se complique au regard de la démarcation de la frontière qui est artificielle et non naturelle. La même logique fonctionne à Rutshuru, à Fizi dans le diocèse d’Uvira, au Sud Kivu.

Cependant il est fondé de faire la différence entre ces populations et les rwandophones vivant dans la région depuis des années. Ceux-là qui ont acquis leur nationalité librement ne sont pas à confondre avec les autres placés dans les zones abandonnées.

Le problème ce sont les peuples déversés et qu’on veut faire passer comme des Congolais. Le cas le plus criant est celui des immigrés rwandais chassés de la Tanzanie il y a quelques années et qu’on a déversés en RDC. Toute cette situation crée des frustrations et confirme l’existence d’un plan de balkanisation de la RDC.

La même infiltration concerne aussi l’armée. Ce qui engendre la méfiance de la population civile envers l’armée. Il y a aussi une perception négative de la population vis-à-vis de la Monusco, er derrière elle, la communauté internationale.

Que faire devant cette situation? La situation préoccupante pourrait évoluer dans un sens comme dans un autre en fonction de la prise de conscience au niveau national de la nature de ce problème. La nation doit se donner tous les moyens pour résister.

Le gouvernement doit déployer son arsenal diplomatique pour convaincre les pays voisins particulièrement l’Ouganda, le Rwanda et le Burundi, d’arrêter de déverser leurs populations à l’Est. Il doit également prendre ses responsabilités pour les déplacés; et à communauté internationale de venir en aide.

C’est dans le rôle des députés nationaux, provinciaux et leaders communautaires de déclencher un processus de dialogue pour prendre en charge des questions qui créent des frustrations au sein de la population comme des arrestations arbitraires, des mixages culturels.

Enfin, nous devons cesser de propager une image négative de notre armée. Cela ne sert pas les intérêts du pays. Nos troupes ont abandonné leurs familles pour sécuriser l’Est du pays. Elles méritent notre admiration. Même s’il y a des brebis galeuses comme dans toute troupe. Il appartient au gouvernement de mettre des moyens conséquents à la disposition de l’armée.

La Monusco doit se remettre en question avec elle la communauté internationale. Il n’est pas normal que des militaires gracieusement payés, patrouillent pendant le jour. La nuit ils se barricadent dans leurs bases alors que des civiles sont égorgés à côté.

Malgré ce tableau sombre, la situation ne pourra dégénérer que si nous, Congolais, ne sommes pas capable de prendre notre destin en main. Il faut une prise de conscience au niveau national.

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