Portrait : Micheline Potignon Ngondo, l’élue défenseur des enfants au Congo

Portrait : Micheline Potignon Ngondo, l’élue défenseur des enfants au Congo

Micheline Potignon Ngondo à Pointe noire en 2012 © Baudouin Mouanda

L’ancienne députée Micheline Potignon Ngondo a réussi en 2010 à faire promulguer une loi au parlement  congolais. Même si elle est encore méconnue, sa loi sur la protection des enfants reste un instrument juridique fondamental pour le bien être de ceux-ci. Portrait d’une élue effacée, mais résolument engagée pour les droits des enfants.

 

Par Prince Bafouolo

Du haut de ses 74 ans, même si elle semble fatiguée, Micheline Potignon Ngongo maintient le cap et sa passion pour aider les démunis et les pauvres n’a pris aucune ride. Femme d’affaires, cette diplômée en hôtellerie garde pourtant un œil vigilant sur ses projets caritatifs malgré ses nombreuses occupations. Son centre préscolaire « Arche de Noé » accueille notamment des malentendants et des handicapés moteurs. Aussi, investit-elle dans l’Association Ngondo pour la lutte contre la pauvreté (ANCP) et l’Association Espace, dont elle est la cofondatrice, spécialisée dans la prise en charge des orphelins. Suivant ses dires, c’est cet amour pour les enfants qui l’a fondamentalement poussé à se lancer en politique. Elue député en 2002 dans la première circonscription de Lumumba à Pointe noire, puis réélue en 2007, elle est devenue la seule femme députée de ce département. A l’hémicycle, elle a bataillé dur pour faire passer une loi en faveur des enfants congolais. Promulguée en 2010 par le chef de l’Etat, la « loi Potignon » du 14 juin 2010 portant protection de l’enfant en République du Congo prévoit les droits de l’enfant, ses devoirs, ceux des parents et de l’Etat.

L’article 44 de cette loi établit que « les enfants orphelins, abandonnés, trouvés, déplacés, de la rue, réfugiés, demandeurs d’asile, autochtones et albinos ont droit à l’éducation, à la formation et à des privilèges qui consolident leur auto-prise en charge et facilitent leur insertion, leur participation à la vie sociale ». La loi met aussi un accent particulier sur la protection contre la violence, la négligence, la maltraitance et l’exploitation des enfants. Une telle disposition est contenue dans l’article 53 qui stipule qu’ « il est interdit de recourir aux châtiments corporels pour discipliner ou corriger l’enfant ». L’article 64 va plus loin en signalant que « l’enfant ne doit pas être soumis à la torture. Il ne peut être passible des peines ou des traitements cruels, inhumains ou dégradants ».

Sur un continent où les personnes vivant avec un handicap sont parfois marginalisées, la loi Potignon « interdit toute discrimination visant un enfant avec handicap ». Son article 63  interdit « de mettre en état de grossesse un enfant », tandis que l’article 69, condamne « l’incitation des enfants à la consommation des drogues, des stupéfiants et des alcools ». Cette loi complète en effet la loi Portella du 16 Janvier 1960 sur la protection des enfants. En son article 2, celle-ci interdisait aux enfants de fréquenter les bars, cinéma et dancing clubs.

La preuve que depuis son indépendance, le Congo dispose des lois protégeant les enfants. Mais le grand problème réside dans leur divulgation. A ce jour, « la loi Potignon » reste méconnue du grand public, tout comme son auteur d’ailleurs. Résultat, ces textes ne sont pas appliqués, et les enfants, principaux bénéficiaires, n’en profitent aucunement et font même l’objet de traitement de toute forme. Ce qui ne décourage nullement Micheline Potignon Ngondo qui continue ses combats toujours aux côtés de ses cibles pour la défense de leurs droits. Après avoir quitté l’hémicycle en 2012, elle a été élue au conseil départemental et communal de Pointe noire. Un autre terrain propice pour défendre les enfants dans le souci d’un changement qualitatif.

Retrouvez la Loi Potignon en cliquant sur ce lien: https://www.unicef.org/wcaro/wcaro_CONG_childprotection_framework_2010.pdf

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