RD Congo : « On ne peut consacrer toutes nos ressources à faire fonctionner les institutions », dixit Delly Sesanga

RD Congo : «  On ne peut consacrer toutes nos ressources à faire fonctionner les institutions », dixit Delly Sesanga

Le député Delly Sesanga, engagé pour une réduction des émoluments des députés nationaux ; © rfi.fr

En plein examen du règlement  intérieur de la chambre basse, le député Delly Sesanga propose la réduction des émoluments des députés nationaux. Seul contre tous, cet élu de Kananga s’est dit déçu de l’absence d’engagement de la représentation nationale à consacrer l’effort national à la reconstruction du pays.

 

Par François Mukandila 

Fils du sénateur Patrice-Aimé Sesanga Dja Kasiwu, Delly Sesanga, l’élu de la circonscription de Kananga depuis 2006 a surpris tout un peuple par sa proposition. Il est resté droit dans ses bottes car depuis son élection en tant que député, ses interventions à la tribune de l’hémicycle ont marqué autant ses collègues députés que le public tant par sa verve oratoire que par la pertinence de son raisonnement. Pour des députés et surtout pour ses admirateurs, le député Delly entend bien mettre le doigt sur la gorge de ses collègues de par cette proposition de réduction des émoluments.

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Après  son diplôme des humanités littéraires de l’institut Bandayi (ex collège Saint-Louis de Kananga) et Athénée de Kalina (Kinshasa), Delly Sesanga, qui deviendra plus tard président d’un parti politique, a fait ses armes par son militantisme politique pour partager ses idées. Entre  1988 et 1989, il a été très actif au sein de l’Association de la nouvelle jeunesse (ANJ), mouvement à caractère philosophique et culturel. Il a poursuivi ses études supérieures en France où il décroche un diplôme d’études de comptabilité et des finances et une maîtrise en sciences politiques en 2000. Ce qui lui ouvre la porte d’exercer la  profession d’avocat.

Mais bien avant cela, son engagement politique le propulsera au-devant de la scène. Alors que le régime du défunt maréchal Mobutu rend son dernier souffle, ce natif de Kolwezi mais originaire de Luiza dans le Kasai central, intègre, dès sa création en 1994 « les forces du futur », un mouvement politique dont il est cofondateur avec feu Arthur Zahidi Ngoma. Ancien collaborateur de Jean-Pierre Bemba et ministre du plan à la suite des accords de paix de Lusaka,  président du parti Envol de la RD Congo et membre de l’opposition politique sous feu Etienne Tshisekedi, Delly devient député et héritier politique de son défunt Père en glanant le plus de suffrages aux législatives de 2006 dans la circonscription électorale de grand Kasai.

« Tout le monde rêve devenir politique non pas pour servir »

Siégeant pour la 3ème  fois consécutive, ce secrétaire général d’Ensemble pour le changement, une plateforme à laquelle appartient sa dynamique électorale, Alternance pour la République, a vu sa proposition de ramener les salaires des députés nationaux  au même seuil que les secrétaires généraux de l’administration publique, rejetée par la plénière de l’Assemblée nationale.

Face à ce refus de ses collègues, Sesanga s’est dit « profondément déçu de voir que les élus nationaux ne sont pas engagés sur la voie de consacrer l’essentiel de l’effort national à la reconstruction de ce pays ». « Aujourd’hui, quand vous prenez rien que l’exécution du budget de l’année dernière, vous verrez que pratiquement 70% des ressources servent à payer le salaire et assurer le fonctionnement des institutions. Ça veut dire qu’à partir de ce moment-là, on n’a pas le moyen pour faire les investissements pour l’avenir, construire les écoles, les centres de santé, les routes et développer le pays », a soutenu en vain le député lors de la plénière.

 Initiateur de la révision de loi, fin juillet 2012, visant à « renforcer le mécanisme de transparence » du processus électoral, il n’en est pas à son premier coup d’éclat. En 2013, contre toute attente il propose une loi  fixant les règles relatives à la liberté des réunions et les mesures d’application de la liberté des manifestations publiques, au moment où sont bâillonnées ces libertés.

Selon lui, cette loi venait  couper l’herbe sous les pieds du pouvoir, qui devra se contenter d’une déclaration écrite des manifestants.

Auteur de  « La voie du changement : un pari de la raison pour la RD Congo », un ouvrage qu’il a publié aux éditions  le Harmattan en 2011, et auteur de plusieurs lois organiques, celui qui aura 50 ans en 2020 regrette  que «  Les salaires trop élevés dans la sphère publique, font qu’aujourd’hui la politique attire vers elle tous les talents. Tout le monde rêve de devenir politique non pas pour servir, mais parce que la politique est la voie qui permet un enrichissement rapide ».

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Ancien président de la commission politique, administrative et juridique de l’Assemblée nationale, son engagement  pour l’amélioration des conditions de ses concitoyens a trouvé du répondant dans l’opinion. Nombreux sont ceux qui attendent l’implication personnelle du chef de l’Etat pour qu’au-delà des députés nationaux,  les émoluments de ceux qui occupent les fonctions politiques baissent dans la prochaine loi des finances exercice 2020.

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